Evangile selon Saint Matthieu : méditation (3)

beatitudesRetrouvez ci-dessous la troisième méditation ("les Béatitudes") du groupe de lecture de l'Evangile selon saint Matthieu.
 
 
Lire l’évangile de Saint Matthieu à la lumière de Saint Augustin
 
Faire lectio divina en se laissant guider
« Quand tu lis, c’est Dieu qui te parle ; quand tu pries, c’est avec Dieu que tu parles » (Sermons sur les psaumes 85, 7)
 
Saint Augustin invite d’abord au recueillement : « De l’agitation qui éclate au-dehors, l’Ecriture nous appelle donc au-dedans » (Traité sur 1 Jn 8, 9) et à l’écoute de la brise légère (1 R 19, 12)
Suggestions pour la prière1
  • J'entre en prière et je me recueille
dans un cadre agréable et dans un moment de calme ;
• je commence la prière à genoux ou dans la position qui m'aide le mieux (bien assis par exemple) ;
 
  • Je me mets en présence de Dieu :
• je fais lentement un signe de croix ;
• je me prépare à rencontrer le Seigneur :
Chant : Je veux voir Dieu / Le voir de mes yeux / joie sans fin des bienheureux / Je veux voir Dieu

• je me concentre sur ma respiration :
à l’inspiration, j’accueille ‘Yeshua /Jésus’ et, à l’expiration, je dépose ma vie
J’accueille ‘Jésus comme sauveur (de ma vie)’ et à l’expiration, je dépose mon péché
J’accueille ‘Jésus comme le Seigneur (de ma vie)’ et je dépose mes pauvretés et mes fragilités.
J’accueille ‘Abba / mon Père’ et je dépose ce qui n’est pas conforme à sa volonté.
J’accueille ‘Ruah / l’Esprit-Saint’ et je dépose ce qui est mort et mensonges en moi.

• Prière : « Au nom de Jésus, je te demande, Père, dans l'Esprit Saint,
que ma volonté, mon intelligence et ma mémoire soient tournées uniquement vers toi. Amen »

Chant ou prière à l’Esprit-Saint :
Jésus, toi qui as promis
d’envoyer l’Esprit à ceux qui te prient
Ô Dieu, pour porter au monde ton Feu
voici l’offrande de nos vies.
 
Lectio divina Mt 5, 1 – 11 (Béatitudes)
 
Commentaire de saint Augustin
Le Sauveur vient de nous faire connaître les voies diverses qui conduisent à la vie bienheureuse. Il n'est personne qui n'aspire à cette vie. On ne peut trouver personne qui ne veuille être heureux. Ah ! Si seulement on désirait mériter la récompense avec autant d'ardeur qu'on soupire après la récompense elle-même ! Qui ne prend son essor quand on lui dit : tu seras bienheureux ? Il devrait donc entendre avec plaisir aussi à quelle condition il le sera. Doit-on refuser le combat lorsqu'on cherche la victoire ? La vue de la récompense ne devrait-elle pas enflammer le cœur pour le travail qui l'obtient ? À plus tard ce que nous demandons ; mais c'est maintenant qu'il nous est commandé de mériter ce que nous obtiendrons plus tard.
Commence à rappeler les divines paroles, les commandements et les récompenses évangéliques. Bienheureux les pauvres de cœur, parce qu'à eux appartient le royaume des deux [Mt 5, 3]. Tu posséderas plus tard ce royaume des cieux ; sois maintenant pauvre de cœur. Veux-tu réellement posséder plus tard ce royaume ? Vois quel esprit t'anime et sois pauvre de cœur. Mais qu'est-ce qu'être pauvre de cœur ? demandes-tu peut-être.
Aucun orgueilleux n'est pauvre de cœur ; le pauvre de cœur est donc l'homme humble. Le royaume des cieux est haut placé ; mais quiconque s'humilie s'élèvera [Lc 14, 11] jusque-là.
 
Considère ce qui suit : Bienheureux ceux qui sont doux, car ils auront la terre pour héritage [Mt 5, 4]. Tu veuxposséder la terre ? Prends garde d'être possédé par elle. Tu la posséderas si tu es doux ; tu en seras possédé si tu ne l'es pas. Mais en attendant qu'on t'offre comme récompense la possession de la terre, n'ouvre pas des mains avares pour t'en emparer dès aujourd'hui, aux dépens même de ton voisin ; ne sois pas le jouet de l'erreur. Posséder la terre, c'est s'attacher intimement à Celui qui a fait le ciel et la terre. La douceur en effet consiste à ne pas résister à son Dieu, à l'aimer et non pas soi dans le bien que l'on fait ; et dans le mal que l'on souffre justement, à ne pas lui en vouloir mais à s'en vouloir à soi-même. Il n'y a pas un léger mérite de lui plaire en se déplaisant et de se déplaire en lui plaisant.
 
Troisième béatitude : Bienheureux ceux qui pleurent ; car ils seront consolés [Mt 5, 5]. Les pleurs désignent le travail, et la consolation, la récompense. Quelles sont, hélas ! les consolations de ceux qui pleurent d'une manière charnelle ? Aussi importunes que redoutables, car en essuyant leurs larmes, ils craignent toujours d'en verser de nouvelles. Un père, par exemple, se désole d'avoir perdu son fils, la naissance d'un autre le réjouit ; celui-ci remplace celui qui n'est plus, mais il est pour lui un sujet de crainte comme le premier a été un sujet de tristesse, et il ne trouve dans aucun d'eux consolation véritable. La vraie consolation sera de recevoir ce qu'on ne pourra perdre, et on mérite d'en jouir plus tard, lorsque maintenant on gémit d'être en exil.
 
Quatrième devoir et quatrième récompense : Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés [Mt 5, 6]. Tu veux être rassasié ? Comment le seras-tu ? Si tu aspires au rassasiement du corps, une fois les aliments digérés, tu ressentiras de nouveau le tourment de la faim, car il est dit : Quiconque boira de cette eau, aura soif encore [Jn 10, 4, 13]. Quand un topique2 étendu sur une plaie parvient à la guérir, toute douleur disparaît, mais la nourriture ne chasse la faim et ne restaure que pour un moment ; car la faim succède au rassasiement ; et en vain applique-t-on chaque jour le remède de la nourriture, il ne cicatrise point la faiblesse. Ayons donc faim et soif de la justice ; c'est le moyen d'en être un jour rassasiés, car notre rassasiement viendra de ce qui maintenant provoque en nous et la faim et la soif. Que notre âme en ait faim et soif ; pour elle aussi il y a une nourriture et il y a un breuvage. Je suis, dit le Seigneur, le pain descendu du ciel [Jn 6, 41]. Voilà le pain destiné à apaiser ta faim. Désire aussi le breuvage qui étanchera ta soif : En vous, Seigneur, est là source de vie [Ps 35, 10].
 
Autre maxime : Bienheureux les miséricordieux, car Dieu leur fera miséricorde [Mt 5, 7]. Fais-la et on la fera ; fais-la envers un autre et on la fera envers toi. Tu es à la fois riche et pauvre, riche des biens temporels, pauvre des biens éternels. Tu entends un homme mendier, tu mendies toi-même auprès de Dieu. On te demande, et tu demandes. Ce que tu feras envers ton solliciteur, Dieu le fera envers le sien. Plein d'un côté et vide de l'autre, remplis de ta plénitude le vide des pauvres, et le tien sera rempli de la plénitude de Dieu.
 
Nous lisons encore : Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu [Mt 5, 8]. Telle est la fin de notre amour ; mais c'est une fin qui nous perfectionne et non une fin qui nous détruit. On finit un repas et on finit un vêtement. Un repas, quand on a consumé la nourriture ; un vêtement, quand on achève de le coudre. Ici et là on achève ; ici de consumer, et là de perfectionner. Quels que soient maintenant nos actes et nos vertus, nos efforts et les louables et innocentes aspirations de notre cœur, une fois que nous verrons Dieu nous serons entièrement satisfaits. Que pourrait chercher encore celui qui possède Dieu, et de quoi se contenterait celui à qui Dieu ne suffit pas ? Ce que nous voulons, ce que nous cherchons, ce que nous ambitionnons, c'est de voir Dieu. Et qui n'aurait ce désir ?
 
Mais considère ces paroles : Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu. [Mt 5, 8]. Donc, afin de le voir, prépare ton cœur. Pour me servir d'une comparaison toute matérielle, à quoi bon désirer voir le soleil à son lever, si les yeux sont fermés par la maladie ? Qu'on les guérisse et ils seront heureux de voir la lumière ; s'ils restent malades, elle fera leur tourment. De même tu ne pourras voir sans la pureté du cœur, ce que ne sauraient contempler que les cœurs purs. Tu seras repoussé, éloigné, tu ne pourras jouir. Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu [Mt 5, 8].
 
Combien de fois déjà le Sauveur a-t-il répété ce mot Bienheureux ? Quelles causes a-t-il assignées à la béatitude ? Quelles œuvres et quels salaires, quels mérites et quelles récompenses a-t-il énumérés ? Jamais jusqu'alors il n'avait dit : Ils verront Dieu. Bienheureux les pauvres de cœur, car le royaume des deux est à eux. Bienheureux ceux qui sont doux, car ils auront la terre en héritage. Bienheureux ceux qui pleurent ; ils seront consolés. Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice ; ils seront rassasiés. Bienheureux les miséricordieux ; ils obtiendront miséricorde. Il n'a pas encore été dit : Ils verront Dieu. Nous arrivons aux cœurs purs ; c'est à eux qu'est promise la vue de Dieu, et ce n'est pas sans motif, car ils ont des yeux pour voir Dieu. C'est de ces yeux que parle l'Apôtre quand il dit : Les yeux éclairés de votre cœur [Ep 1, 18]. Maintenant donc ces yeux, parce qu'ils sont faibles, sont éclairés par la foi ; devenus plus tard vigoureux, ils seront éclairés par la réalité même. Tant que nous sommes dans ce corps, nous voyageons loin du Seigneur ; car nous marchons dans la foi et non dans la claire vue [2 Co 5, 6-7]. Et tant que nous marchons ainsi dans la foi, que dit de nous l'Écriture ? Que maintenant nous voyons à travers un miroir, en énigme, et qu'alors ce sera face à face [1 Co 13, 12] [...].
Garde-toi donc de raisonner sur ces préceptes et sur ces récompenses de la manière suivante. Quand on te dit : Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu [Mt 5, 8], ne t'imagine point que la vue de Dieu ne sera octroyée ni aux pauvres de cœur, ni à ceux qui sont doux, ni à ceux qui pleurent, ni à ceux qui ont faim et soif de la justice, ni à ceux qui sont miséricordieux. Ne te figure point qu'il n'y aura pour le voir que les cœurs purs et que les autres en seront privés. En effet, ceux qui ont le cœur pur ont aussi tous les autres mérites ; mais s'ils voient Dieu, ce n'est ni pour être pauvres de gré, ni pour être doux, ni pour pleurer, ni pour avoir faim et soif de la justice, ni pour être miséricordieux ; c'est pour avoir le cœur pur. C'est comme si l'on rapprochait des membres du corps les actions auxquelles ils sont propres, comme si l'on disait, par exemple : heureux ceux qui ont des pieds, car ils marcheront ; heureux ceux qui ont des mains, car ils travailleront ; heureux ceux qui ont de la voix, car ils crieront ; heureux ceux qui ont une bouche et une langue, car ils parleront ; heureux ceux qui ont des yeux, car ils verront. En nous donnant en quelque sorte des membres spirituels, le Sauveur a indiqué à quoi chacun est propre. L'humilité est propre à posséder le royaume des cieux ; la douceur, à posséder la terre ; les larmes, à recevoir la consolation ; la faim et la soif de la justice, à être rassasiés ; la miséricorde, à obtenir miséricorde ; le cœur pur enfin, à voir Dieu.
Si donc nous aspirons à voir Dieu, comment purifier cet œil intérieur ? Qui ne s'appliquerait, qui ne chercherait à purifier son cœur pour voir Celui qu'il aime de toute son âme ? Une autorité divine nous dit par quel moyen : C'est par la foi, déclare-t-elle, qu'il purifie leurs cœurs [Ac 15, 9]. La foi en Dieu purifie donc le cœur, et le cœur purifié voit Dieu [...].
Reviens donc avec moi aux yeux du cœur et sache les préparer. C'est à l'homme intérieur que Dieu parle ; car il a en nous un homme intérieur dont les oreilles, les yeux et les autres organes visibles ne sont que la demeure ou l’instrument. C'est aussi dans cet homme intérieur que le Christ habite provisoirement par la foi et qu'il fera sentir la présence de sa divinité, lorsque nous connaîtrons en quoi consistent la largeur et la longueur, la hauteur et la profondeur ; lorsque nous connaîtrons aussi la charité du Christ, bien supérieure à toute science, pour être remplis de toute la plénitude de Dieu [Ep 3, 17-19] [Ser 53, 1-15].
 
« C'est à l'homme intérieur que Dieu parle ; car il y a en nous un homme intérieur dont les oreilles, les yeux et les autres organes visibles ne sont que la demeure ou l'instrument. C'est aussi dans cet homme intérieur que le Christ habite provisoirement par la foi et qu'il fera sentir la présence de sa divinité» [Ser 53, 15].
 
Réflexion3.
L'Évangile vient de nous dire : Voyant les foules, Jésus gravit la montagne, et quand il fut assis, ses disciples s'approchèrent de lui. Et prenant la parole, il les enseignait en disant.
Jésus est venu nous apporter la vie même de Dieu : Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils, Unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle (Jn 3, 16). Et pour nous offrir cette vie, il quitte sa gloire, son « ciel », pour venir à nous. Le cœur de Jésus est le cœur de Dieu, un cœur rempli de miséricorde à notre égard. Voilà pourquoi l'Évangile nous dit que Jésus, voyant la foule, eut pitié d'elle, eut pitié de nous. Et il s'offre entièrement au Père pour venir à notre aide : Alors j'ai dit : Voici je viens pour faire, ô Père, ta volonté (He 10, 7). II est de tout intérêt de constater que l'Évangile, juste avant de nous parler des Béatitudes, dira que Jésus gravit la montagne. Il ne dit pas que Jésus gravit une montagne, mais la montagne. La montagne, dans la Bible, est le domaine de Dieu. Là où Dieu se révèle. Là où Dieu s'adresse à son peuple. Là où Dieu s'adresse à chacun de nous. Quand on monte sur la montagne, c'est pour y rencontrer Dieu.
Quand Jésus gravit la montagne, c'est pour se retirer, pour prendre du recul et vivre en profondeur sa réalité de Fils, pour y parler au Père.
Gravir la montagne doit être pour nous toute une préparation. La préparation dont nous avons besoin pour rencontrer Dieu. Nous devons donc savoir vivre la méditation de l'Évangile comme les disciples ont gravi la montagne : lentement, en silence, bien recueillis. En effet, quand on monte sur la montagne, on ne parle pas ; on concentre toutes les énergies.
Pour gravir la montagne comme les disciples de Jésus, nous devons savoir nous libérer de tout ce qui est lourd à porter ou fait notre marche difficile. La méditation, la lectio divina exige de nous tout un dépouillement intérieur. Or, de quoi devons-nous nous débarrasser pour gravir la montagne avec Jésus ? Qu'est-ce qui fait ou peut faire notre marche difficile où pénible ? C'est à chacun de nous d'y répondre, de le trouver.
La méditation de l'Évangile doit être, donc, d'accompagner Jésus, de nous laisser conduire par lui et d'entrer avec lui dans l'intimité de Dieu. Mais pour y arriver, nous devons, comme les disciples, commencer par quitter la foule. La foule de tout ce qui ne nous laisse pas entendre Jésus qui nous parle, qui s'adresse personnellement à chacun de nous.
C'est certain que bien souvent nous avons la tête et le cœur pleins. Nous sommes tellement tiraillés vers l'extérieur que nous ne savons pas où nous allons. L'immédiat nous prend, nous obsède. Et pourtant le Seigneur est devant nous. Il est même à côté de nous. Il nous faut donc nous laisser conduire par Jésus dans le silence de la montagne. C'est là qu'il veut nous parler.
Et la parole que Jésus nous adresse, ce sont les Béatitudes. Les Béatitudes ne sont pas un enseignement, moins encore un ensemble de commandements. Elles sont la vie même de Jésus, cette vie qu'il veut nous faire partager. Les Béatitudes sont les chemins que Jésus a pris pour venir à nous, et le chemin que nous devons prendre pour aller vers lui, pour le suivre. Elles correspondent aux exigences les plus profondes de notre cœur. Les Béatitudes sont une parole de vie. Mais pour qu'elles deviennent, pour nous, parole de vie, nous devons commencer par nous laisser conduire par Jésus avec une attitude de silence accueillant. Dieu veut dilater nos cœurs à la dimension de son bonheur.
 
« Le Sauveur vient de nous faire connaître les voies diverses qui conduisent à la vie bienheureuse. Il n'est personne qui n'aspire à cette vie. On ne peut trouver personne qui ne veuille être heureux » [Ser 53, 1].
Toutes les Béatitudes commencent par le mot « heureux ». Jusqu'à huit fois, Jésus dit : Soyez heureux.
Le bonheur est l'enjeu suprême de notre existence. C'est le désir le plus profond de notre cœur. Dieu nous a faits pour être heureux. Dieu veut que nous soyons heureux. Et pourtant, bien des personnes ne se sentent pas heureuses.
Nous côtoyons un peu partout la pauvreté, la solitude, le chômage, l'incompréhension, même le mépris. Voilà pourquoi beaucoup ne croient plus au bonheur. Or, le refus de cette possibilité nous pose un problème très grave, car le bonheur est le désir le plus profond de notre cœur. Si nous ne croyons plus au bonheur, notre esprit sera blessé dans sa racine la plus profonde.

Voici que Jésus vient aujourd'hui nous tirer de cette situation. Il est la Vie et il vient nous apporter la vie et il nous l'apporte par les Béatitudes. Les Béatitudes nous
parlent toutes du bonheur.

Les Béatitudes s'adressent à tous ceux qui passent par des situations difficiles ; quand il nous semble que toutes les portes se ferment devant nous ; quand tout nous semble obscur. Il est certain qu'à ce moment-là, nous risquons de nous enfermer sur nos souffrances, sur nous-mêmes et nous refusons d'aller plus loin. Notre espérance devient malade. Face à tant de souffrances et de méfiances qui nous entourent, nous nous sentons tellement impuissants que nos bras tombent et nous arrivons à penser : « À quoi bon faire quoi que ce soit ! » Et voilà que Jésus, par les Béatitudes, vient aujourd'hui guérir notre désir, guérir notre espérance.
Les Béatitudes commencent toutes par le mot « heureux », par le mot « bienheureux ». Mais le mot hébreu qui correspond à notre mot « heureux » porte une dimension tout à fait dynamique. Il veut dire : « en marche », « debout » vous les pauvres, vous les doux, vous les miséricordieux.

Les Béatitudes viennent nous mettre debout, elles viennent nous offrir des routes, des chemins qui nous mènent à la vraie béatitude, à la sainteté. Et c'est à chacun de nous de savoir les parcourir.

En réalité, chacune des béatitudes vient guérir une désorientation de notre cœur. Nous pouvons mettre, par exemple, notre assurance, notre bonheur, dans l'« avoir », dans la « possession » des biens, des richesses et voilà que Jésus vient nous dire : « II y a plus de joie à donner qu'à recevoir », « Heureux vous les pauvres », car la pauvreté pour l'Évangile est bien plus que de ne rien avoir, c'est de ne rien avoir, mais parce qu'on a tout donné.

Par ailleurs, il est de toute importance de constater que la deuxième partie de chaque béatitude a toujours son verbe au passif : ils seront consolés, ils seront rassasiés.
Car c'est Dieu qui nous console, qui nous offre sa miséricorde ou sa paix. Le fondement du bonheur que les Béatitudes viennent nous offrir n'est donc pas l'affaire de notre volonté ou de notre travail. La béatitude, la sainteté est un don que l'on reçoit, un don que Dieu nous accorde. Et les Béatitudes ne sont qu'un appel de Dieu qui nous invite à quitter nos refuges, à sortir de nous-mêmes pour accueillir ce bonheur qu'il veut nous offrir.

Mais accueillir exige de nous de savoir nous débarrasser de nous-mêmes, de mettre toute notre attention dans celui qui s'adresse à nous. Pour accueillir, nous avons à creuser en nous-mêmes pour faire place à Dieu, pour faire place au don que Dieu nous offre.

Et ce sont justement les pauvres, les doux, les miséricordieux, ceux qui travaillent pour la justice ou pour la paix, ceux qui ouvrent leur cœur pour recevoir de Dieu le bonheur qu'il vient leur offrir.

Les Béatitudes viennent aussi nous apprendre à recevoir, à accueillir. Elles sont une école d'hospitalité. Il nous faut donc nous laisser modeler par elles.

1 A partir du livre Bien-être et Spiritualité, Tiziana Pieruz et Luciano Tallarico, Ed. Salvator, 2009, p. 8
3 Tiré du livre Lire l’Evangile de saint Matthieu à la lumière de saint Augustin, Jaime Garcia, Ed. Cerf