Elie, l'homme au coeur de feu - Rencontre 4

Elie SareptaDans le cadre de la formation biblique "Elie, l'homme au coeur de feu", retrouvez ci-joint le passage travaillé le 18 décembre dernier pour la quatrième rencontre (La veuve de Sarepta : le retour à la vie de son fils), et quelques questions fondamentales en rapport avec ce texte.

 

Lisons le texte attentivement, lentement, et si possible à voix haute:

1 R 17, 17-24

 

Après ces événements, il arriva que le fils de la maîtresse de maison tomba malade, et sa maladie fut si violente qu'enfin il expira. Alors elle dit à Elie « Qu'ai-je à faire avec toi, homme de Dieu? Tu es donc venu chez moi pour rappeler mes fautes et faire mourir mon fils !» Il lui dit: «Donne-moi ton fils » ; il l'enleva de son sein, le monta dans la chambre haute où il habitait et le coucha sur son lit. Puis il invoqua le Seigneur et dit: « Seigneur, mon Dieu, veux-tu donc aussi du mal à la veuve qui m'héberge, pour que tu fasses mourir son fils?» Il s'étendit trois fois sur l'enfant et il invoqua le Seigneur: « Seigneur, mon Dieu, je t'en prie, fais revenir en lui l'âme de cet enfant!» Le Seigneur exauça l'appel d'Elie, l'âme de l'enfant revint en lui et il reprit vie. Elie le prit, le descendit de la chambre haute dans la maison et le remit à sa mère; et Elle dit: «Voici, ton fils est vivant. » La femme lui répondit: «Maintenant je sais que tu es un homme de Dieu et que la parole du Seigneur dans ta bouche est vérité ! »


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QUELQUES PISTES POUR LA VIE SPIRITUELLE


 

La lecture spirituelle personnelle peut se faire dans trois directions : existentielle, thérapeutique, sacramentelle.

 

1. Existentielle

 

Le retour à la vie d'un mort est un cas évidemment extraordinaire. Mais que dire à des parents qui endurent la mort d'un enfant, situation bien plus fréquente?

Le texte de Charles de Foucault écrit à sa sœur qui vient de perdre son bébé (lettre de Nazareth du 12 février 1900).

«Je viens de recevoir la dépêche envoyée hier... Tu as dû avoir de la peine de la mort de cet enfant, et j'en ai aussi à la pensée de la tienne, mais je t'avoue que j'ai aussi une admiration profonde et que j'entre dans le ravissement profond et plein de reconnaissance, quand je pense que toi ma petite sœur, toi pauvre voyageuse et pèlerine sur la terre tu es déjà mère d'un saint... Que ton enfant, celui à qui tu as donné la vie, est dans ce beau ciel auquel nous aspirons, après lequel nous soupirons... Le voici devenu en un instant, l'aîné de ses frères et sœurs, l'aîné de ses parents, l'aîné de tous les hommes mortels : oh, comme il est plus savant que les plus savants. Tout ce que nous connaissons en énigme, il le voit clairement.., tout ce que nous désirons, il en jouit... le but que nous poursuivons, si péniblement, que nous nous estimerons trop heureux d'atteindre au prix d'une longue vie de combats et de souffrances, il y est arrivé dès le premier pas... des merveilles que l'homme ne peut voir ni ses oreilles entendre, ni son esprit comprendre il les voit, les entend, en jouit... Il nage pour l'éternité dans un bonheur sans fin, il s'enivre à la coupe des délices infinis. Il contemple Dieu dans l'amour et Ta gloire, parmi les saints et les anges, dans le chœur des vierges dont il fait partie, et qui suit l'Agneau partout où il va...

Tous les autres enfants marchent péniblement vers cette patrie céleste, espérant l'atteindre, mais n'en ayant pas la certitude, et pouvant en être à jamais exclus ; ils n'y arriveront sans doute qu'au prix de bien des luttes et des douleurs en cette vie, et peut-être encore après un long purgatoire, lui, ce cher petit ange, protecteur de la famille, il a d'un coup d'aile, volé vers la Patrie, et, sans peine, sans incertitude, par la libéralité du Seigneur Jésus, il jouit pour l'éternité de la vie de Dieu, de Jésus, de la Sainte Vierge, de saint Joseph, et du bonheur infini des élus. Comme il doit t'aimer. Tes autres enfants pourront compter, ainsi que toi, sur un protecteur bien tendre : avoir un saint dans la famille, quelle force ! Etre la mère d'un habitant du ciel, quel bonheur et quel honneur. Je le répète, j'entre dans une admiration ravie en pensant à cela: on estimait heureuse la mère de saint François d'Assise parce que de son vivant, elle assista à la canonisation de son fils ; mille fois plus heureuse es-tu, tu sais avec la même certitude qu'elle, que ton fils est un saint dans les cieux.

Comme il t'est reconnaissant ! (...) Comme il est heureux et comme Jésus est bon de récompenser cet innocent d'une couronne immortelle et d'une gloire ineffable, sans qu'il ait jamais combattu. C'est le prix du saint baptême, c'est le prix du sang de Jésus. Lui qui a souffert et combattu assez pour avoir le droit de sauver les siens sans nul mérite de leur part. Il a assez de mérites pour introduire tous ceux qu'il veut, à l'heure qu'il veut, dans le Royaume de son Père.

Ma chérie, ne sois donc pas triste, mais répète plutôt avec la très Sainte Vierge : « Le Seigneur a fait en moi de grandes choses... Les générations me proclameront bienheureuse...» Oui, bienheureuse, parce que tu es la mère d'un saint, parce que celui que ton sein a porté est déjà à cette heure éclatant de gloire éternelle... »

 

 

Seigneur, viens apporter ta Consolation à tous les parents qui ont perdu un enfant. Amen.


2. Thérapeutique


Les psychologues notent à juste titre que des traits fondamentaux dans le développement humain trouvent une origine, favorable ou défavorable, dans les premières années de l'existence, période où l'enfant est particulièrement ouvert, donc vulnérable aux influences environnantes. Un sentiment d’abandon, un rejet, une séparation des parents, un deuil familial, un licenciement ou un déménagement peuvent avoir un très grand retentissement.

Si bien qu'il y a des adultes habités d'« un enfant mort » que le Christ veut faire revenir à la vie, par un chemin de guérison intérieure. Certaines expériences traumatisantes, plus que des blessures psychiques, sont de véritables « mises à mort » de l'âme. L'abandon, le rejet, l'humiliation, l'inceste inoculent des germes de mort dans le cœur humain.

Prions pour que le Christ vainqueur du mal et de la mort vienne ressusciter en nous ce qui a été abîmé par le péché des hommes.

Seigneur, tu connais le cœur de l'homme, de tout homme.

Tu sais ce qui a pu être abîmé ou tué en moi dans mon plus jeune âge.

(Si je pense à quelque chose de précis

évènement, situation ou climat subi,

je peux le nommer devant Dieu.)

Toi seul, tu vois les séquelles que je porte depuis ce temps.

Je crois que tu es la Résurrection et la Vie.

Ce que Tu as fait il y a deux mille ans

lorsque tu as ressuscité cet enfant mort,

tu peux le faire aujourd'hui spirituellement en moi.

Tu as la victoire sur toutes les forces du Mal qui m'empêchent de vivre.

Viens Seigneur redonner vie à cet enfant qui est en moi et qui est peut-être mort.

Je te remercie car je suis sûr de ton Amour pour moi.

Tu es Amour. Tu es Tout-Puissant. Tu es la toute-puissance de l'Amour.

Merci de m'exaucer. Amen.

 

3. Sacramentelle

 

Notre péché personnel nous donne « la mort dans l'âme », mais les sacrements, particulièrement celui du pardon, viennent nous redonner la vie.


Adrienne Von Speyr, en méditant ce texte de 1 R 17, fait un rapprochement remarquable de profondeur avec l'expérience vécue dans le sacrement de la Miséricorde de Dieu.

 

«La femme qui a confessé son péché, mais n'a pas vu le miracle de ses yeux, ressemble à un pénitent qui vit la rémission de ses péchés, sans savoir comment cela se passe. Il s'est confessé, puis a reçu l'absolution; mais entre les deux se trouve, insaisissable, l'acte du prêtre qui a reçu du Dieu qui pardonne tout péché le plein pouvoir d'absoudre conjointement avec lui. Un peu comme Elie implorant du Seigneur la vie de l'enfant, dans une solitude dont la pécheresse ne peut être ni témoin ni participante. L'acte du prêtre reste le mystère de la mission sacerdotale cachée dans le mystère de la croix du Seigneur. Et la vie de l'enfant, qui réalise les vœux de sa mère, accompagne le pardon que Dieu lui accorde. On ne décrit pas davantage la vie de l'enfant, c'est la vie qu'il avait auparavant; seul importe qu'elle soit vie et qu'elle témoigne de la puissance du Seigneur. Ce témoignage s'insère dans le pouvoir que Dieu a donné à Elie. Comme le Seigneur donne au prêtre le pouvoir de l'absolution et l'entoure de mystères que seul le prêtre connaît (même si pour lui aussi la plus grande partie reste mystérieuse), Elie a vécu l'exaucement de sa prière, sans savoir de quelle manière Dieu l'a opéré. Tout cet événement reste enveloppé du profond respect qu'Elie porte à Dieu, et dans lequel Dieu lui-même, dans sa distance entre lui et l'homme, voile son action.»

«  Elie » Adrienne Von Speyr — Éd. Lethielleux — le Sycomore)