Elie, l'homme au coeur de feu - Rencontre 8

Elie imageDans le cadre de la formation biblique "Elie, l'homme au coeur de feu", retrouvez ci-joint le passage travaillé le 14 mai dernier pour la huitème rencontre (La dépression et le relèvement d'Elie), et quelques questions fondamentales en rapport avec ce texte.

 

1 Rois 19, 1-8

Achab apprit à Jézabel tout ce qu'Elie avait fait et comment il avait massacré tous les prophètes par l'épée. Alors Jézabel envoya un messager à Elie avec ces paroles : « Que les dieux me fassent tel mal et y ajoutent tel autre, si demain à cette heure je ne fais pas de ta vie comme de la vie de l'un d'entre eux! »

Il eut peur; il se leva et partit pour sauver sa vie. Il arriva à Bersabée qui est à Juda, et il laissa là son serviteur. Pour lui, il marcha dans le désert un jour de chemin et il alla s'asseoir sous un genêt. Il souhaita de mourir et dit : « C'en est assez maintenant; Seigneur! Prends ma vie, car je ne suis pas meilleur que mes pères. » Il se coucha et s'endormit.

Mais voici qu'un ange le toucha et lui dit : « Lève-toi et mange. » Il regarda et voici qu'il y avait à son chevet une galette cuite sur les pierres chauffées et une gourde d'eau. Il mangea et but, puis il se recoucha. Mais l'ange du Seigneur revint une seconde fois, le toucha et dit : « Lève-toi et mange, autrement le chemin sera trop long pour toi. » Il se leva, mangea et but, puis soutenu par cette nourriture il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu'à la montagne de Dieu, l'Horeb.


QUELQUES PISTES POUR LA VIE SPIRITUELLE

1. L'épreuve de la dépression

 

Tout homme peut, comme Die, passer par l'épreuve de la dépression. « Cela n'arrive pas qu'aux autres ». Bien des hommes de Dieu, des pasteurs surtout (prêtres, évêques, responsables de groupes ou de mouvements) peuvent connaître cela. Le texte biblique nous donne avec une précision chirurgicale la liste de huit symptômes de la crise. Quels sont-ils ?


• La peur, il eut peur.

Signe majeur de la dépression, elle peut prendre différents aspects :

Crainte de l'avenir, sentiment de menace devant le futur. Peur de manquer... sur le plan affectif (être abandonné, délaissé, rester seul dans le célibat, être stérile) ou matériel (être licencié, en chômage, sans perspective professionnelle intéressante)

Peur d'assumer des responsabilités, d'être en situation d'échec dans mon travail, mon ministère, l'éducation des enfants... Peur de décevoir en dévoilant mon incapacité, peur du regard des autres, peur d'être jugé.

Anxiété face à la maladie, aux problèmes de santé, au vieillissement, à la mort. Peurs parfois objectives mais souvent enracinées dans l'imagination.

— Peur qui ne connaît plus son objet: l'angoisse, du mot latin « angustia », qui donne le mot « angine » : rétrécissement de la gorge, sentiment douloureux d'oppression. 

Seigneur Jésus, aujourd'hui je te remets mes peurs (les nommer).

Je les dépose à ta croix pour que tu les prennes sur toi.

 De toutes mes peurs, délivre-moi, mon Sauveur.

 

• La fuite... et partit...

Ce départ n'est pas seulement un déplacement physique, c'est une façon d'échapper à une réalité jugée trop dure à supporter. Il représente toutes les fuites dans l'imaginaire et le virtuel, les rêves ou les excès de films, l'alcool, les conduites à risques, les évasions dans les voyages ou les tentatives de changement de physionomie (chirurgie esthétique, tatouage, changements de look pour être quelqu'un d'autre...).

La fuite, c'est aussi l'invention d'une vie rêvée, sans souffrances ni déceptions, la construction d'une salle de cinéma dans sa tête où l'on se passe des films qui nous donnent le beau rôle. Peu à peu, les projections imaginaires deviennent permanentes et l'on se refuse à en sortir de peur d'être confronté au réel jugé menaçant ou décevant.

Quand le film de nos fantasmes se met en route que le Seigneur nous donne la force d'appuyer sur le bouton « stop ».

La culture actuelle, dans nos « sociétés dépressives», sécrète et encourage toutes ces attitudes d'évasion du réel identifié à une vie terne, morose et sans saveur. Les formes de désertions y sont idéalisées au mépris de la réconciliation des individus avec la vie.

Seigneur Jésus, aujourd'hui je te remets mes fuites de la réalité (les nommer).

Je les dépose à ta croix pour que tu les prennes sur toi.

De toutes mes fuites, délivre-moi, mon Sauveur.

  • La solitude, il laissa là son serviteur

Dans la dépression, on a le sentiment d'être loin des autres, même des plus proches (conjoint, enfants, parents, amis...), l'impression pénible d'être « emmuré», séparé du monde des vivants par une vitre invisible: on a beau vouloir les rejoindre, on se sent incapable d'entrer en relation avec eux. Je suis seul. Personne ne peut savoir ce que je ressens ni ne peut me comprendre. Je me sens exclu, différent des autres.

Seigneur Jésus, aujourd'hui je te remets mon sentiment de solitude.

Je le dépose à ta croix pour que tu le prennes sur toi.

De ma mauvaise solitude, délivre-moi, mon Sauveur.

 

Le désert... il marcha dans le désert...

Les agences de voyage proposent de beaux déserts exotiques, que l'on traverse en cars climatisés. Le désert biblique, lui, est aride et inhospitalier pour l'homme. C'est le lieu de l'absence de vie (végétale, animale, humaine), de l'insécurité, du danger (les bêtes sauvages, la soif...). On ne peut y habiter. Or, dans nos vies, il existe des moments de désert, passages dans lesquels on ne peut demeurer, mais qu'il faut seulement traverser. On y connaît l'insécurité due à la perte des points de repères d'« avant », et la stérilité: «Tout cela pour rien ! Tant d'efforts, d'énergie dépensée pour en arriver là !..» 

Seigneur Jésus, tu connais mon désert

Aide-moi à le traverser en tenant ta main.

Que ce désert me guide vers une terre promise,

Qu'il soit le lieu de ta rencontre.

 

L'effondrement... il alla s'asseoir sous un genêt.

Le ressort est cassé. Si la vie est mouvement, dynamisme vers un but, action, la crise se manifeste par un coup d'arrêt: je n'ai plus de goût à rien. Je n'en peux plus. Je n'ai plus la force de continuer. L'idée me vient que je pourrais abandonner vie de couple, boulot, engagements sociaux ou paroissiaux...

Seigneur Jésus, aujourd'hui je te remets mon désir de tout arrêter.

Viens me relever, me remettre debout et me donner la force d'avancer.

Désir de mort, Il souhaita de mourir... Prends ma vie.

 

Un désir de mort

Les idées suicidaires sont parfois des aspirations à ce « que tout s'arrête » ou des tentations de passer à l'acte. Souhait conscient ou inconscient de mourir « en douceur », en se couchant le soir sans avoir à se réveiller, le désir de mort peut même se masquer sous un vernis pseudo-religieux qui lui donne un air acceptable et vertueux : c'est un dégoût de l'existence qui prend la forme... d'un désir du ciel !

Seigneur Jésus, aujourd'hui je te remets mon désir de mort.

Toi qui es la résurrection et la vie,

Viens me redonner le goût de vivre.

 

Auto-accusation... je ne suis pas meilleur que mes pères.

L'image négative de ce que l'on est et de ce que l'on fait se double de culpabilité : « J'ai tout raté : j'ai gâché ma vie et celle des autres. Je suis nul. » On s'y persécute soi-même en cultivant une mauvaise image de soi, en se considérant inutile. Les pensées défaitistes s'écoulent comme une « marée noire», décelable dans le langage dépressif et sa litanie de plaintes. A ce stade, même chez des êtres intelligents, la perception du monde, de la société, de l'Eglise, de la famille, de la vocation, est complétement faussée. Les lunettes noires assombrissent tout, plus aucune objectivité : tout est dramatisé dans un jeu de miroirs déformants. Les taupinières deviennent des montagnes et les poissons rouges des baleines !

 

Seigneur Jésus, aujourd'hui je te remets mes pensées défaitistes.

Par la louange, donne-moi ton regard bienveillant sur les autres, la vie et moi-même.

Apprends-moi à faire le jeûne des paroles négatives.

 

• La sensation permanente de fatigue et la fuite dans le sommeil. Il se coucha et s'endormit.

L'accablement de l'âme a des répercussions sur l'organisme, si bien que le manque d'énergie morale et spirituelle se traduit par une impression d'épuisement physique, nerveux. La lassitude de l'âme devient une fatigue généralisée, chronique : « Je me traîne. Je n'ai plus de forces. Je suis sans énergie... » Le sommeil recherché s'apparente à une petite mort car il est autant le signe de l'épuisement que celui de la fuite de la réalité.

Seigneur Jésus, aujourd'hui je te remets ma fatigue,

Donne-moi ta force.


2. Les remèdes spirituels dans la dépression

 Si cet épisode nous décrit les signes de la dépression, il nous donne surtout (heureusement !) les remèdes pour en sortir. Quels sont-ils ?

 

Je dois transformer ma fuite en pèlerinage vers Dieu

Notons au passage que l'idée même de pèlerinage n'est pas une invention tardive de l'Eglise catholique, mais une notion profondément biblique citée à plusieurs reprises dans les Saintes Ecritures. Elie, donc, se fait pèlerin vers le Mont Horeb. Comme le saint prophète, n'hésitons pas, dans les périodes difficiles de nos vies, à retourner dans des lieux de grâces : pèlerinage public vers Compostelle ou un sanctuaire marial reconnu par l'Eglise ou pèlerinage privé vers telle communauté chrétienne qui a été importante dans mon cheminement. Ce peut être encore le désir d'aller prier dans l'église de mon baptême ou de mon mariage, lieu témoin de la source de ma vocation...

Le déplacement géographique n'est pas la fin : ce n'est qu'un moyen. L'essentiel est de chercher en Dieu refuge et protection. 

J'accueille l'envoyé de Dieu et je l'écoute

 « Au creux de la vague », on expérimente son ambivalence : on a besoin des autres, on veut en être aidé, entouré... tout en ayant du mal à en supporter la présence. On crie à la fois «Au secours, à l'aide ! » et «Partez, laissez-moi tranquille».

On veut ouvrir la porte de son cœur tout en la laissant fermée, car on sait que « s'ouvrir» peut être aussi «souffrir». Comment faire ? Il faut, pour s'en sortir, accepter l'aide d'un tiers (ami, accompagnateur spirituel, thérapeute...). C'est humiliant mais salutaire, tant sur le plan humain que spirituel car on ne peut se sauver tout seul. L'accepter nous libère de l'orgueil et de la suffisance.

Qui est pour nous cet «ange du Seigneur» ? Dieu peut se servir de créatures célestes, surtout de mon ange gardien, mais aussi d'un proche parent ou d'un ami au Ciel. Les disparus sont des vivants qui agissent avec efficacité pour nous dans la communion des saints. Les anges de consolation peuvent d'autre part être des envoyés de Dieu, hommes et femmes. Que de fois nous pouvons expérimenter la présence, au bon moment, de personnes providentiellement mises sur notre route ! Remercions le Seigneur pour les aides extérieures par lesquelles il nous remet debout. Mais avant tout, par le don du discernement, sachons les reconnaître dans un réconfort, un conseil précieux, un encouragement qui à l'insu, le plus souvent, de ce « bon ange », sont pour nous des « visitations ».

 

Petite histoire humoristique :

Il était une fois un brave curé à la tête d'une paroisse victime d'une inondation. Les pluies n'arrêtent pas de tomber depuis plusieurs jours, et le niveau de l'eau monte sans cesse. Les autorités civiles décident d'évacuer toute la population. Tout le monde s'en va... sauf le prêtre qui reste dans son église et qui déclare à ceux qui veulent le faire partir: «Je vous remercie, ruais je mets ma confiance dans le Seigneur: c'est Lui qui me sauvera.»

L'eau continue de monter et l'ecclésiastique est obligé de monter sur le toit de l'église. Les secours arrivent sous la forme d'un canot à moteur, avec des paroissiens à bord. Ils lui crient une seconde fois: «Venez vite, Monsieur le curé, nous sommes venus pour vous secourir!» Et l'homme d'Eglise de répondre à son tour: «Je vous remercie, mais je mets ma confiance dans le Seigneur: c'est Lui qui me sauvera.»

Un peu plus tard, l'eau montant encore, le pauvre prêtre est cramponné au sommet du clocher de l'église. Il a de l'eau jusqu'à la taille! Un hélicoptère de secours intervient et lui jette une échelle de corde. Quelqu'un lui crie: «Accrochez-vous à l'échelle, nous allons vous sauver!» Et le prêtre de déclarer pour la troisième fois: «Je vous remercie, mais je mets ma confiance dans le Seigneur: c'est Lui qui me sauvera.»

Alors, du ciel, une voix se fit entendre. Elle était très en colère: « Tête de bourrique, cela fait trois fois que j'essaie de te sauver! Je te préviens: si tu ne prends pas cette échelle de corde, c'est au purgatoire que tu iras te sécher !»

Et le prêtre têtu comprit que Dieu aime à agir pour ses enfants... par l'intermédiaire de ses enfants...

 

 

Voici un « mode d'emploi » élémentaire à l'usage de ceux qui désirent réconforter ceux qui connaissent la dépression :

— Il n'a pas dit: « C'est de la comédie, car cela n'a pas d'explication médicale. C'est dans ta tête : tu as tout pour être heureux. » L'ange de consolation ne nie pas la dépression.

— Il n'a pas dit : « C'est affreux, ce que tu traverses, c'est épouvantable. Si tu continues comme ça, tu es bon pour l'hôpital psychiatrique. D'ailleurs, je connais quelqu'un dans ton cas qui s'est suicidé. » L'ange de consolation ne dramatise pas la dépression.

— Il n'a pas dit: « Tu ne devrais pas être dans cet état. Tu es en train de détruire ton couple, de perturber tes enfants, de briser ta famille. Un chrétien comme toi ne devrait pas être en dépression.» L'ange de consolation ne se fait pas l'accusateur de ses frères en dépression.

— Il n'a pas dit: « Bouge-toi un peu ! Quand on veut, on peut... change-toi les idées. Fais du sport ou va au ciné ! Détends-toi, ça ira mieux ! » L'ange de consolation ne donne pas des conseils creux et inefficaces.

— Il n'a pas dit: « Tu devrais aller voir un magnétiseur, un marabout, un guérisseur... Tu devrais porter tel bracelet qui a un pouvoir d'ondes positives. Tu devrais te faire ré-energétiser par telle technique de médecine parallèle... » L'ange de consolation ne propose pas de remèdes miracles. Il se méfie des procédés magiques qui opèrent de l'extérieur sans réaliser de changement intérieur. Il n'oriente pas vers de fausses solutions.

— Il n'a pas dit : «C'est une épreuve que Dieu t'envoie pour te corriger de tes fautes ou pour t'unir à la Passion de son Fils.» L'ange de consolation évite de spiritualiser à l'excès la dépression et d'en donner une interprétation « mystico-fumeuse »

 

Il a dit : « allons sur l’autre bord »… :

  • Tout d'abord, il traite son interlocuteur, non comme un « il », mais comme un « tu ». Souvent on a tendance, dans des relations avec des personnes malades ou handicapées, à s'adresser à des tiers plutôt que de communiquer directement avec elles. L'Ange de Dieu, lui, parle avec Elie, directement, de personne à personne, dans une vraie rencontre. Il s'adresse à sa liberté. N'hésitons pas à inviter les personnes dépressives à vivre cette rencontre directe et personnelle avec leur prochain et avec Dieu dans la prière, même très brièvement.

  • Il prend soin de celui qui souffre, en lui apportant les « vitamines » qui encouragent la vie. L'aliment qu'il offre est une nourriture simple pour redonner des forces. La vie n'a pas disparu durant la dépression: elle est comme une braise qui couve sous la cendre, comme une rivière souterraine qui ne demande qu'à jaillir à l'air libre. 

Cet ange est la figure de l'Eglise

Elle aussi, envoyée par Dieu, est source de réconfort, mère nourricière, soutien des hommes durant leur pèlerinage terrestre. Le Christ nous donne son Eglise, et l'Eglise nous donne le Christ. Elle nous prépare cette Nourriture Divine, dispensée à ses deux tables, celle de la Parole de Dieu et celle de l'Eucharistie. Le Fils de Dieu, par ces deux moyens conjugués, veut nous relever, opérer pour nous aussi une véritable résurrection, un passage de la mort à la vie. Là où le péché abonde, la grâce surabonde. Là où l'homme est vaincu par les forces du Mal et de la Mort, le Seigneur est victorieux. Soyons attentifs à toutes ces pâques, ces passages que Jésus nous fait vivre. Partons des symptômes de la dépression pour voir ce qu'il vient transformer.

 

Seigneur, par ta Parole et ton Eucharistie, fais-moi passer de la peur à la confiance,
 
de la fuite à l'acceptation du réel, tel qu'il est,
 
du repli sur moi à l'ouverture aux autres.
 
Viens me rejoindre dans mon désert : Qu'il devienne le lieu de ta Théophanie.
 
Quand je suis effondré, viens me relever.
 
Seigneur, toi qui es le Vivant, fais-moi passer
 
de la mort sous toutes ses formes à l'amour de la vie.
 
Toi seul me justifies devant Dieu, fais-moi passer de la culpabilité à la paix du cœur.