Elie, l'homme au coeur de feu - Rencontre 9

Elie imageDans le cadre de la formation biblique "Elie, l'homme au coeur de feu", retrouvez ci-joint le passage travaillé le 11 juin dernier pour la neuvième rencontre (La rencontre avec Dieu), et quelques questions fondamentales en rapport avec ce texte.

 

1 Rois 19, 9-18

Là, il entra dans la grotte et il y resta pour la nuit.

Voici que la parole du Seigneur lui fut adressée, lui disant: « Que fais-tu ici, Elie?»

Il répondit: «Je suis rempli d'un zèle jaloux pour le Seigneur Sabaot, parce que les Israélites ont abandonné ton alliance, qu'ils ont abattu tes autels et tué tes prophètes par l'épée. Je suis resté moi seul et ils cherchent à m'enlever la vie. »

Il lui fut dit: « Sors et tiens-toi dans la montagne devant le Seigneur. »

Et voici que le Seigneur passa. Il y eut un grand ouragan, si fort qu'il fendait les montagnes et brisait les rochers, en avant du Seigneur, mais le Seigneur n'était pas dans l'ouragan; et après l'ouragan un tremblement de terre, mais le Seigneur n'était pas dans le tremblement de terre; et après le tremblement de terre un feu, mais le Seigneur n'était pas dans le feu; et après le feu, le bruit d'une brise légère. Dès qu'Elie l'entendit, il se voila le visage avec son manteau, il sortit et se tint à l'entrée de la grotte.

Alors une voix lui parvint, qui dit: « Que fais-tu ici, Elie? »

Il répondit: «Je suis rempli d'un zèle jaloux pour le Seigneur Sabaot, parce que les Israélites ont abandonné ton alliance, qu'ils ont abattu tes autels et tué tes prophètes par l'épée. Je suis resté moi seul et ils cherchent à m'enlever la vie. »

Le Seigneur lui dit: «Va, retourne par le même chemin, vers le désert de Damas. Tu iras oindre Hazaël comme roi d'Aram. Tu oindras Jéhu fils de Nimshi comme roi d'Israël et tu oindras Elisée fils de Shaphat, d'Abel-Mehola, comme prophète à ta place. Celui qui échappera à l'épée de Hazaël, Jéhu le fera mourir, et celui qui échappera à l'épée de Jéhu., Elisée le fera mourir. Mais j'épargnerai en Israël sept milliers, tous les genoux qui n'ont pas plié devant Baal et toutes les bouches qui ne l'ont pas embrassé. »

 

QUELQUES PISTES POUR LA VIE SPIRITUELLE

 

La prière est le lieu privilégié de la rencontre avec Dieu. A partir de ce texte, regardons comment nous avons, nous aussi, à entrer dans la prière pour rencontrer le Seigneur d'une manière authentique. Faisons nôtre l'expérience spirituelle d'Elie.

Comme Elie, aller vers Dieu avec ma pauvreté

Je fais souvent l'expérience du prophète : ma mission est lourde, mes «Jézabel » me persécutent (difficultés relationnelles, soucis, sentiment de solitude). Je suis poursuivi par tant de forces mauvaises, autour de moi et en moi.

Tel que je suis, je vais vers le Seigneur, en vérité et en humilité.

Rencontrer Dieu dans un lieu d'Eglise

 

Elie se rend au Sinaï, lieu témoin de l'Alliance. Là, avant lui, d'autres ont prié et servi le Seigneur. A la Bien-Aimée du Cantique des Cantiques qui cherche son Bien-Aimé, il est dit: « Suis les traces du troupeau.» (Ct1, 8) Pour trouver le Berger, il faut suivre le troupeau. Pour trouver le Seigneur, il faut mettre ses pas dans les traces de ceux qui font partie de son troupeau, l'Eglise. C'est l'Horeb spirituel, lieu témoin de l'Alliance de Dieu et des hommes. Dans la prière de l'Eglise, dans la méditation des Saintes Ecritures, dans la lecture de la vie des saints, je me rends spirituellement sur l'Horeb, où tant de personnes avant moi ont rencontré le Seigneur.

Je prie dans la communion des saints du ciel et de la terre. Je m'unis spirituellement à tous les prophètes, les martyrs, les docteurs, les pasteurs, les mystiques, les défunts de ma famille...

« Entrer dans la grotte »

  • La grotte évoque le Saint Esprit, ce qui signifie que j'entre dans la prière en invoquant l'Esprit Saint. C'est lui le vrai Maître de la prière que le Père et le Fils nous envoient (Rm 8, 26) : L'Esprit vient au secours de notre faiblesse ; car nous ne savons que demander pour prier comme il faut; mais l'Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables... Il est bon de commencer notre temps d'oraison par un appel au Saint Esprit. Ce peut être une courte invocation: «Viens Esprit Saint, sois le Maître de ma prière. 

  • La grotte évoque aussi les plaies de Jésus. Comme un enfant se blottit dans les bras de ses parents, il s'agit de se blottir spirituellement dans le Christ, notre Rocher, notre citadelle, notre Bon Berger. Rien de morbide dans cette attitude. Se blottir dans ses plaies peut sembler à première vue curieux ou malsain, mais cela signifie se placer à l'endroit où le Christ nous a donné la preuve de son Amour.

  • La grotte, lieu fermé et souterrain, évoque aussi l'intériorité. Le recueillement est nécessaire pour découvrir la Présence de Dieu en l'âme.

Le silence intérieur est essentiellement une « présence à la Présence de Dieu » en nous. Entrer dans la caverne, c'est quitter tout ce qui est superficiel pour descendre dans la demeure profonde où le Seigneur nous attend. Pour entrer dans ce sanctuaire intérieur de l'âme, il faut imposer le silence non seulement à nos lèvres, mais surtout à nos projets, nos désirs, nos souvenirs, nos passions... Les chrétiens qui vivent cela n'ont pas besoin de rechercher les techniques orientales pour trouver la paix !

Prier « dans la nuit »

Le jour, nous voyons clairement les objets qui nous entourent. La nuit, nous avons du mal à les percevoir bien que le monde environnant soit objectivement là. L'image de la nuit est souvent utilisée par les mystiques pour exprimer l'expérience de la foi (cf. le poème de saint Jean de la Croix intitulé : « Malgré la nuit »). Le croyant « sait » par la foi que le Seigneur est là, qu'il guide sa vie mais il constate que cette expérience n'est pas évidente: Dieu est là, mais « de nuit ».

Dans la prière nous prenons conscience à la fois de la proximité de Dieu, et en même temps de son caractère insaisissable.

Entendre la voix de Dieu

La prière est le lieu privilégié pour entendre la voix du Bien-Aimé. Prier, c'est écouter Dieu qui nous parle. C'est surtout par le moyen des Saintes Ecritures, lues dans le Saint Esprit, que nous entendons le Seigneur s'adresser à nous. La lecture de la Parole de Dieu nous provoque, comme Elie. Souvent la méditation d'un verset nous dérange. Ai-je fait cette expérience?

Devant Lui, épanchez votre cœur

Comme Elie exprime au Seigneur ce qui est dans le fond de son cœur, son désir et son inquiétude, je suis appelé à tout dire au Seigneur dans ma prière. Les psychologues montrent les méfaits du « non-dit » dans la vie relationnelle. Des conjoints ou des enfants souffrent de ne pas pouvoir exprimer ce qu'ils ressentent, par peur d'être incompris ou rejetés. On n'aborde pas tel sujet « tabou » et l'on reste seul avec son problème. Cela est aussi valable dans l'oraison. Dieu attend de nous que nous soyons « vrais », c'est-à-dire sincères. Si la Bible nous donne tant d'exemples de prières de révolte ou de lamentation, c'est pour nous autoriser à être nous-mêmes devant Dieu. La prière qui plaît à Dieu est celle que l'Esprit Saint met dans nos cœurs: conversation de l'enfant avec son Père, de l'ami avec l'Ami, relation simple et franche, dans la liberté.

Entrer dans un dialogue avec Dieu

Il y a des gens fatigants, qui parlent tout le temps et n'écoutent rien de ce qu'on peut leur dire... Il y en a d'autres tout aussi agaçants, qui écoutent mais ne disent jamais rien ; on ne sait pas ce qu'ils pensent car ils ne se livrent jamais. Or, une vraie relation est faite d'expression de soi et d'écoute de l'autre. Dans la prière aussi, il est bon d'équilibrer ces deux dimensions : « la réceptivité » vis-à-vis du Seigneur et « l'émissivité » ou libre expression de mes sentiments. Posons-nous cette question: dans l'oraison, qu'est-ce que Dieu me dit? Puis-je mettre des mots sur cela? L'écrire sur une feuille pour en garder une trace? Qu'est-ce que j'ai à dire au Seigneur? De quoi, de qui je lui parle?

Dans la prière, sortir de moi-même et me tenir en présence de Dieu

Pour rencontrer l'Autre, il faut sortir de soi. Nous avons tous fait cette expérience déplaisante d'être avec une personne qui nous parle, mais si préoccupés par notre problème que nous n'entendons pas ce qu'elle nous dit. Notre attention n'est pas tournée vers l'autre mais vers nous-mêmes. Dans la prière, le Seigneur nous dit comme à Lazare: « Sors », et comme au sourd-muet « Ephata, ouvre-toi ». M'ouvrir à quoi, à qui? A lui, tout simplement. Si un roi, un président ou le pape souhaitaient me rencontrer, je ferais un effort pour être attentif !Alors avec Jésus...

La prière est disponibilité, vigilance, ouverture à la Personne même de Dieu. La position de notre corps doit aussi exprimer le respect éprouvé devant sa Présence Sainte. Je me tiens devant Celui qui est mon Créateur et mon Sauveur. Si les anges du ciel se voilent la face devant lui par respect, je suis invité à vivre cette rencontre non dans la raideur mais dans la « crainte de Dieu ».

Dans la prière, entendre et voir Dieu présent dans la petite brise légère de ma vie

 

Comme à Mie, il m'est dit que Dieu « va passer» dans l'oraison et que je ne dois pas me laisser attirer par les manifestations spectaculaires. Les débutants vivent beaucoup dans l'ouragan et le tremblement de terre des grâces sensibles qui secouent, remuent, bouleversent... Dieu ne peut être identifié à ces signes sensibles, même s'il n'en est pas absent non plus...

 

Au début, l'action de Dieu paraît négative pour « le vieil homme ». Comme les éléments déchaînés, il abat, détruit, incendie tout ce qui est de l'ordre du péché. Cela peut provoquer la peur: « Où va-t-il m'entraîner? Que va-t-il me demander ? » mais plus l'âme est purifiée, plus elle est désireuse de rencontrer son Seigneur d'une façon plus pure, plus intérieure, en un mot plus spirituelle. L'âme délicate « capte » sûrement la Présence divine dans ce qui est imperceptible, impalpable. Elle reconnaît facilement Dieu agissant dans les événements, les rencontres, les petits signes. Elle entend le murmure de sa présence et goûte la douceur de sa visite. Son souffle est léger, apaisant, rafraîchissant.

Du pape François dans une interview (Etudes septembre 2013)

 

Chercher et trouver Dieu en toutes choses

Chercher Dieu dans le passé ou dans le futur est une tentation. Dieu est certainement dans le passé, parce qu’il est dans les traces qu’il a laissées. Et il est aussi dans le futur comme promesse. Mais le Dieu “concret”, pour ainsi dire, est aujourd’hui. C’est pourquoi les lamentations ne nous aideront jamais à trouver Dieu. Les lamentations qui dénoncent un monde “barbare” finissent par faire naître à l’intérieur de l’Église des désirs d’ordre entendu comme pure conservation ou réaction de défense. Non : Dieu se rencontre dans l’aujourd’hui. Dieu se manifeste dans une révélation historique, dans le temps. Le temps initie les processus, l’espace les cristallise. Dieu se trouve dans le temps, dans les processus en cours. Nous devons engager des processus, parfois longs, plutôt qu’occuper des espaces de pouvoir. Dieu se manifeste dans le temps et il est présent dans les processus de l’histoire.

Cela conduit à privilégier les actions qui génèrent des dynamiques nouvelles. Cela requiert patience et attente.

Rencontrer Dieu en toutes choses n’est pas un eurêka empirique. Dans le fond, nous désirons constater tout de suite notre rencontre avec Dieu à l’aide d’une méthode empirique. Ce n’est pas ainsi que l’on rencontre Dieu. On le rencontre dans la brise légère ressentie par Élie. Les sens qui perçoivent Dieu sont ceux que saint Ignace appelle les “sens spirituels”. Pour rencontrer Dieu, Ignace demande d’ouvrir sa sensibilité spirituelle plutôt que de mettre en œuvre une approche purement empirique. Il faut une attitude contemplative : sentir que l’on va par un bon chemin de compréhension et d’affection à l’égard des choses et des situations. Le signe en est celui d’une paix profonde, d’une consolation spirituelle, de l’amour de Dieu et de toutes les choses en Dieu. »

Dans la contemplation, recevoir le zèle pour la mission

 

Le Seigneur me demande de m'en retourner « par le même chemin ». Il me faut reprendre le chemin de ma vie conjugale, familiale, professionnelle, de mes activités... Le Seigneur vient corriger mon regard. Il me donne sa vision des événements. J'avais tendance à dramatiser et il me montre la réalité autrement

Le Seigneur promet son intervention dans mon histoire et m'assure de sa victoire. Je choisis de croire à cette Parole d'espérance et d'encouragement.

 

Le Seigneur me confirme dans ma mission et me demande de retourner « dans l'arène » pour continuer courageusement le combat pour le Royaume. J'accepte d'être confirmé et renvoyé à mon devoir.

 

Le Seigneur me rappelle que je ne suis pas seul. D'autres aussi, comme moi, essaient de demeurer fidèles à l'Evangile. Avec eux, Dieu va renouveler le monde et l'Eglise.

 

Le Christ me donne l'assurance qu'il y aura une suite à mon engagement. Quand ma tâche s'achèvera, Il mettra des Elisée pour continuer dans le même sens.

 

Ma mission de parent s'estompe un peu quand les enfants deviennent adultes... D'autres que moi leur parleront de Dieu.

 

Mon rôle de catéchiste va peut-être s'arrêter... D'autres personnes seront sur la route de ces jeunes pour témoigner de la Bonne Nouvelle.

 

Le Seigneur est fidèle, il continuera son œuvre avec d'autres instruments. Cette pensée m'affermit dans l'espérance :

 

Moi, j'ai planté, Apollos a arrosé; mais c'est Dieu qui donnait la croissance. Ainsi donc, ni celui qui plante n'est quelque chose, ni celui qui arrose, mais Celui qui donne la croissance : Dieu. (1 Co 3, 6-7)


Dans la prière, obéir à Dieu

 

Elle obéit à Dieu en acceptant de reprendre son combat avec et pour Lui. Je dois renoncer à toute volonté indépendante, refuser les sollicitations du démon qui veut me soustraire à cette dépendance d'amour. Je fais mienne la Volonté de Dieu sur moi. L'obéissance évangélique n'est pas d'abord la soumission extérieure à des lois mais un oui que je donne librement et par amour.

 

Jésus montre le chemin de la perfection. Il a fait de toute sa vie un acte d'obéissance au Père. Notre obéissance chrétienne n'est pas servitude d'esclave: elle nous donne la noblesse et la dignité d'enfant de Dieu. Elle participe à notre divinisation. Le chrétien sait qu'il n'est pas dans l'illusion quand il vit concrètement l'obéissance à Dieu, à l'Eglise du Christ, aux exigences de son devoir d'état.