Les filles et la sexualité : Libérées ? Pas tant que ça...

flirtElles changent de partenaire comme de chemise, sans complexe, et, à première vue, semblent l'assumer. Pourtant, beaucoup d'adolescentes n'agissent pas par envie et n'y trouvent aucun plaisir. Elles répondent juste au rôle de « fille open » que les garçons attendent d'elles. Et doivent, parallèlement, gérer la réputation qui leur colle à la peau. Rencontres. 


Les pratiques sexuelles ? A 18 ans, Julie (1) semble avoir déjà fait le tour du sujet. Elle change de partenaire très souvent. C'est généralement la même bande copains qu'elle retrouve en soirées, chez les parents des uns ou des autres. Et beaucoup ont déjà eu des relations sexuelles ensemble. Elle raconte : « les filles sont à l'affut de n'importe quel garçon, et les garçons de n'importe quelle fille. Le but, c'est de se faire des expériences. Si tu es amoureuse d'un garçon, il vaut mieux éviter d'aller à ce genre de soirées avec lui. Sinon, tu te fais du mal ».

« Tout le monde a un peu couché avec tout le monde »

« Malheureusement, tout le monde a un peu couché avec tout le monde ». Sa copine Carine (1) opine du chef. Dans ces soirées, les couples s'isolent. Où? « dans une chambre, la cuisine, la salle de bains! » répond Julie. « Même les toilettes » rigole Carine. Libérées, les ados d'aujourd'hui? Pas tant que ça. « Le problème après, c'est ta réputation. Tu es une « salope » ». Parce qu'il n'aura échappé à aucun participant à la soirée que des couples ne sont formés. Les garçons, eux, ont droit à un traitement tout autre. Ils « assurent ». Et puis, « il y a cette fameuse phrase : « on le dit pas ». Sauf que tout le monde est au courant ». Les problèmes viennent aussi d'autres filles : si elles n'utilisent pas le vocabulaire de « couple » ou de « petit copain », elles n'en restent pas moins sentimentales. « Des fois, tu connais un garçon, tu couches avec, et après une fille vient te dire « moi aussi je couche avec lui ». Julie ajoute, sans rire : « c'est peut-être moi qui suis trop jalouse ».

« Ils te disent « si tu m'aimes prouves-le » »
Les garçons la respectent-elle? « au début, oui. Mais après, s'ils ont couché plusieurs fois avec toi, ça tourne vite au grand n'importe-quoi. Ils te disent « si tu m'aimes prouves-le » ». Au début, Julie vivait bien cette situation. Aujourd'hui, « un peu moins ». « Il y a la réputation, mais aussi le respect de soi-même. En avoir trop, c'est dégoûtant. Parfois la personne, je la connais pas. Je me dis « j'aurais peut-être pas dû. Et puis tout le monde se connaît. C'est dur de sortir de ce schéma-là. Et encore, les filles, il y en a des pires. A côté de certaines je suis sage. Sur la place République, il y a des filles de 13, 14 ans ». Carine embraye : « c'est de plus en plus tôt. Dès qu'elles sont formées elles veulent faire comme tout le monde. Elles mettent des talons, du maquillage, elles prennent de la cocaïne et de l'alcool quasiment tous les samedis ».

Alice (1) fait partie de ces jeunes qui ont commencé à avoir des relations sexuelles tôt, à 14 ans. Un petit ami unique dans un premier temps, pendant plusieurs années... Et puis une débauche d'expériences. « J'en changeais tout le temps. Des fois pour un soir, après je ne les revoyais pas ». Après tout, pourquoi les jeunes filles ne pourraient-elles pas assumer une sexualité « open », comme disent les garçons ? C'est, là encore, la réputation qui fait mal. « C'est bien d'être libérée, mais il y les gens. A Perpignan, ils parlent trop ». Aujourd'hui, Alice s'est casée. « C'est fini, de changer de mec, ça va un temps ». Mais son couple en a souffert, réputation oblige. Il lui a fallu surmonter des épreuves et convaincre son nouveau copain qu'elle avait changé. Alice vient de quitter l'adolescence. Mais ses cadets de trois, quatre ans, elle les voit encore plus débridés. « Sans limites? » Elle opine. « Ça va être de pire en pire je pense ». Ce n'est pas tant l'âge des premiers rapports que les pratiques qui interpellent.

« L'autre est perçu comme un objet »
« Ce qui me surprend, c'est le côté déviant, explique une psychologue perpignanaise qui travaille, entre autres, avec des adolescents. Ils ne sont pas en relation, ils ne sont pas en couple, ils sont dans un passage à l'acte. Ce qui est impressionnant chez les garçons, c'est que l'autre est perçu comme un objet, il n'existe pas. La question de son plaisir ne se pose pas. C'est plutôt un faire-valoir narcissique. J'essaie de les projeter, de les amener à voir l'autre comme un être humain. Je leur parle de leur soeur s'ils en ont une ». Et le plaisir, dans tout ça? « Chez les garçons c'est souvent compliqué, ils vous diront toujours qu'ils se sont éclatés ». Quant aux filles, en grattant un peu, le vernis de façade tombe. « Bien souvent, quand on leur demande si elles ont pris du plaisir, elles répondent « non ». Ce n'est pas quelque chose qui a l'air de leur donner de la joie. Je ne pense pas qu'elles le fassent parce qu'elles en ont envie, mais pour ne pas être exclue, par le copain, par le groupe ». Résultat : la conception classique de l'agression sexuelle est biaisée. Ainsi, Une adolescente a demandé à cette psy « jusqu'où peut-on dire non? », sans même imaginer que la question n'était pas sensée se poser en ces termes. Faute d'éducation sexuelle, c'est sur Internet et dans les médias que beaucoup de jeunes se font une image de la chose. La psychologue ne s'y trompe pas. Certaines scènes décrites par ses patients « ne se voient que dans les films pornos ». Idem, pas ou peu de contraception. On a recours aux pilules du lendemain voire aux IVG. Et les parents dans tout ça? Aveugles, volontairement ou pas... Comme cette mère, persuadée que sa fille « ne se dévergonde pas assez », sans même imaginer le quart de ses pratiques. D'autres se disent au courant. Et certains le prennent avec légèreté. Parce que, selon cette psychologue, pour les adultes aussi, «la sexualité est un faire-valoir ».

(1)Prénoms d'emprunt.

© (Perpignan, La semaine du Roussillon, juin 2010).