Biture express ou "binge drinking" : "l'alcool défonce" des jeunes

binge drinkingLa « biture express », en anglais « binge drinking », désigne la consommation compulsive d’une grande quantité d’alcool en un court laps de temps. 26 % des adolescents ont été ivres au moins 3 fois au cours de l’année 2006 – en augmentation de 5% chaque année. Cette conduite dangereuse peut entraîner un coma éthylique et donc la mort.



Le binge drinking, ou biture express, les professionnels de la santé connaissent bien. « C'est un comportement qui existe depuis plusieurs années en Espagne et en Angleterre, et ça arrive maintenant ici de plus en plus régulièrement » explique Laurent Crastes, de l'ANPAA 66, Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie, qui collabore avec la Justice, pour les injonctions thérapeutiques. « Ce n'est pas généralisé pour autant, précise-t-il. Entre 10 et 15% des 12-25 ans font ça lors de soirées ». « Les adolescents, naturellement, n'aiment pas l'alcool, ils aiment les effets liés à l'alcool, précise Aline Vinot de la DDASS. Ils consomment donc des alcools extrêmement forts, sucrés, pour obtenir au plus vite un effet défonce » D'où, forcément, des problèmes de santé publique, risques de maladies accrus et comas éthyliques dangereux, à un âge où le cerveau est en plein développement. Mais pour les professionnels, la prévention est difficile. « Ces gamins, quand vous leur présentez dans une campagne un vieux, cirrhotique, qui boit tous les jours, ils ne se reconnaissent pas » explique Aline Vinot. « Dans nos représentations, quelqu'un qui est en difficulté avec l'alcool, c'est quelqu'un qui est alcoolique. Or on peut être en difficulté sans boire tous les jours » souligne Laurent Crastes.

Des cocktails explosifs...pour répondre aux exigences de la société

Les professionnels qui travaillent avec les adolescents le constatent, les polyconsommations sont courantes. Alcool et cannabis, mais aussi alcool et boissons énergisantes, alcool et cocaïne. Beaucoup de fêtards utilisent ce mélange détonnant pour « diminuer les effets de l'alcool » explique un habitué de ces soirées. Dans ce cas, pourquoi ne pas boire tout simplement moins? La réponse du sociologue de l'ANPAA 66, Laurent Crastes, tient la route : « C'est à celui qui tiendra debout le plus longtemps, à celui qui conservera sa capacité de maîtrise. La cocaïne procure un sentiment de puissance et d'indifférence à la douleur et à la fatigue. Ça correspond tout à fait à la société d'aujourd'hui, aux notions d'énergie, de performance, à la suppression des inhibitions. Ces jeunes, on ne leur parle pas d'existence mais de réussite au quotidien, de dépassement de soi. C'est un message que les jeunes renvoient aux adultes. En ce sens, la société produit de la toxicomanie. »

© (Perpignan, La semaine du Roussillon, juin 2010)