Jésus doit-il être un beau gosse ?

jesus beau gosseBeauté divine ! Vrai homme, le Christ était-il (nécessairement) beau comme un vrai Dieu ? Voilà une querelle théologique que nous n'avions pas vu venir... Et pour ce type de sujet, les Etats-Unis ne sont jamais décevants. Il aura donc suffi de la sortie sur les écrans américains du film Son of God (« Fils de Dieu »), dans lequel le rôle de Jésus est porté par le physiquement très inspirant Diogo Morgado (prononcez « Brad Pitt »), pour que les réseaux sociaux et les médias s'emparent de cette question brûlante d'un rapprochement entre Jésus et Apollon. Ou presque. Le tout porté par un hashtag de circonstance : #HotJesus.

Chaud débat qui n'est pas sans rappeler les polémiques de la fin de l'année 2013 autour de la couleur de peau de Jésus (lire le débat ici), et auquel l'acteur principal du film a fini par répondre, dans le New York Times. Pour Diogo Morgado, la focalisation sur la beauté extérieure du Christ dans Son of God est flatteuse, et bonne à prendre si elle permet au long-métrage d'être davantage vu : « Si le message de Jésus était l'amour, l'espérance et la compassion, et si je peux transmettre cela au plus grand nombre en étant un Jésus agréable à regarder, alors ça me va ».

« Bien sûr que Jésus était sexy. Après tout, il est le Fils de Dieu ! » résume pour sa part la journaliste Carol Costello, visiblement émue d'avoir contemplé la face du Christ sur grand écran, dans une chronique publiée sur le site de CNN. Argument soutenu par Lisa Jenkins, pasteure d'une église baptiste d'Harlem : « Je ne vois pas le problème d'un Jésus attirant, compte tenu de notre contexte culturel... Je ne me souviens pas d'avoir déjà vu (au cinéma) un Jésus qui ne soit pas agréable à regarder : c'est Hollywood ! »

En somme, le bon vieux principe grec du « kalos kagathos » (beau et bon), dans lequel idéal de bonté morale et de beauté physique s'entremêlent, n'aurait aucune raison de ne pas s'appliquer au Christ. Alors, affaire classée ? Pas tout à fait.

Pour le jésuite Robert B. Lawton, aucune certitude n'est possible en la matière. Pour lui, « il n'y a absolument rien qui permette de dire que Jésus ait été beau ou sexy », et il cite à l'appui de cette idée un passage du Livre d'Isaïe (chapitre 53, versets 2 et 3) : « Il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. »

Un autre jésuite, James Martin, éditorialiste pour la revue America, enfonce le clou en soulignant qu'un Jésus trop parfait physiquement risquerait d'être plus proche de Dieu que d'un homme. « En bonne théologie, on dit qu'il était comme nous en toute chose à l'exception du péché, rappelle-il encore. Ce qui signifie qu'il a eu un corps, qu'il a été malade, qu'il a été fatigué, qu'il a pu se fouler la cheville de temps en temps. (…) On a un peu trop tendance à repousser l'imperfection physique. »

Evidemment possible, la beauté corporelle du Christ serait-elle seulement utile pour rendre son message attirant lui aussi ? Carol Costello conclut son billet sur un argument plutôt tranché : « La personne la plus proche de Jésus à laquelle je puisse penser, en tant que catholique, c'est le pape François. Je l'admire énormément. Est-ce parce qu'il est sexy ? Soyons clairs : non ! »

© LA VIE