Dans Parole de Dieu

Apocalypse : fin du monde ou révélation du combat spirituel ? Illustré avec les miniatures du Beatus de la Seu d’Urgell (Xèsiècle). CINQUIEME PARTIE

 

15 février 2012 4, 1 – 5, 14 prologue à l’ouverture des sceaux

Prier

Invocation à l’Esprit-Saint

 

Puis acclamation du sanctus

 

Lire

« Après cela, je vis ; et voici une porte ouverte dans le Ciel, et la première voix, que j’avais entendue comme cette d’une trompette qui parlait avec moi, disait : « Monte ici, et je te montrerai ce qui doit arri­ver dans la suite. » Aussitôt, je fus (ravi) en esprit » (Ap 4, 1-2).

 

 

Méditer

Après les lettres aux sept Églises, qui constituaient la première partie de l’extase,

Jean ressent un nouveau mouvement extatique.

C’est la même voix céleste qui retentit dans son âme,

ayant le pouvoir de le tirer hors de lui-même.

On apprend ainsi que la prophétie de l’Apocalypse a été révélée à Jean

par « visions » succes­sives.

C’est toujours la même expression qu’il utilise : « Et après cela je vis. »

II s’agit des grands mouvements d’une même vision

et qui consti­tuent un découpage littéraire du texte.

Seulement, ici, Jean précise lui-même : « Aussitôt, je fus (ravi) en esprit. »

Le premier mouvement concernait le peuple des croyants ;

La suite de la vision regarde cette fois tous les hommes.

Or, la seconde partie de la prophétie,

qui commence par l’ouverture du livre aux sept sceaux,

est beaucoup plus vaste que la première.

La voix qui accompagne l’extase est entendue « comme une trom­pette »,

pour signifier sa soudaineté et son intensité :

il n’est pas possible d’échapper à son emprise.

C’est une voix qui fait taire toutes celles du monde !

L’entrée en extase de Jean est une entrée au Ciel.

Une porte ouverte en symbolise l’accès,

tandis que la « voix » lui commande de « monter ».

Jésus, évoquant l’échelle de Jacob, avait prophétisé à Nathanaël cette ouverture des Cieux :

« Vous verrez désormais le Ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l’homme » (Jn 1,51).

C’est au Ciel, en effet, que se déroule la scène extraordinaire qui suit.

 

Lire

« Et voici qu’un trône était placé dans le Ciel, et sur ce trône Quelqu’un qui était assis. Et Celui qui était assis était semblable d’as­pect à une pierre de jaspe et de cornaline. Et tout autour du trône, un arc-en-ciel semblable à un aspect d’émeraude » (Ap 4, 2-3).

 

Méditer

Il est donné à Jean de contempler le Père céleste !

Cette vision n’est pas aussi détaillée que celle du Christ glorifié,

car la première Personne de la Trinité est de soi inconnaissable :

Dieu dans sa transcendance, que personne ne peut connaître,

« nul n’ayant jamais vu Dieu « (Jn 1,18).

Le Christ a justement pour mission de la faire connaître : « Qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14,9). Jean ne distingue du Père que sa seule présence.

C’est le trône qui a pour fonction de le rendre « repérable »

au centre de la Cour céleste réunie autour de lui.

Le Père, en effet, est une vision de lumière pure !

Celui qui siège sur le trône est la pure Lumière incréée,

et Jean ne peut voir de lui que cette Lumière,

une vision « de jaspe et de corna­line ».

Le jaspe (couleurs vives mêlées ou bariolées : rouge, vert, jaune, etc.)

et la cornaline (rouge-orangée) forment un mélange de couleurs rouge, orangé, vert et jaune. L’arc-en-ciel ne fait qu’ajouter à ce chatoie­ment extraordinaire de couleurs variées,

formant une aura « d’émeraude » autour du trône, un « arc-en-ciel »

mettant en relief la trans­parence des couleurs.

Elle souligne la « fluidité » lumineuse de la clarté divine.

La vision d’ensemble est de toute façon indescriptible.

Cette Lumière divine n’est pas uniforme ; elle n’est pas non plus divisée ou divisible.

L’image des couleurs dépasse toutes les formes et toutes les représentations possibles.

Ce tableau, constitué de couleurs multiples et unies sans confusion,

traduit la transcendance absolue de la nature divine.

 

Lire

« Et tout autour du trône, vingt-quatre trônes et, sur ces trônes, vingt-quatre Vieillards assis, habillés de vêtements blancs, et sur leurs têtes, des couronnes d’or. Et du trône sortent des éclairs, et des voix, et des tonnerres. Et, brûlant devant le trône, sept torches de feu qui sont les sept Esprits de Dieu. Et devant le trône, comme une mer vitri­fiée semblable à du cristal » (Ap 4, 4-6).

 

Méditer

Après avoir contemplé Dieu siégeant sur son trône,

Jean considère maintenant la Cour céleste qui l’entoure.

Il distingue d’abord le groupe des vingt-quatre Vieillards.

Le mot grec « presbutéros » que nous traduisons par « Vieillard »,

sert à désigner les « Anciens » dans les évangiles,

c’est-à-dire des notables constituant un des grands pôles de l’au­torité religieuse en Israël.

Les chrétiens connurent aussi des « presbytres »

qui étaient les responsables des diverses communautés.

Ils devinrent par la suite les prêtres placés sous l’autorité d’un évêque.

Le terme « presbu­téros » exprime à la fois l’idée de l’âge et celui de l’expérience.

 

Le nombre « 24 », évoque nettement un chiffre biblique :

le peuple de l’Ancien Testament (les douze tribus d’Israël)

et celui du Nouveau Testament (fondé sur les douze apôtres de Jésus).

On retrouvera ce symbolisme à la fin de l’Apocalypse,

lorsque Jean contemple la Jérusalem céleste.

La cité sainte comporte douze portes, portant les noms des douze tribus d’Israël,

et une muraille reposant sur douze assises,

portant les noms des douze « apôtres de l’Agneau » (Ap 21,12-14).

Les vingt-quatre Vieillards ne sont pas distingués aussi nettement en deux groupes,

mais ils remplissent une fonction de sagesse

comparable à celle des patriarches de l’Ancienne et de la Nouvelle Alliance.

Ils forment en quelque sorte le conseil de Dieu, un « conseil des anciens »,

constitué des meilleurs collaborateurs du Seigneur,

pris dans l’Ancienne et la Nou­velle Alliance,

et couvrant ainsi symboliquement toute la période de l’his­toire sainte.

La « couronne d’or » qu’ils portent signifie

qu’ils sont associés à la royauté de Dieu sur le monde.

On les retrouve plus loin adorant Dieu avec les élus et les anges (Ap 7,11),

et l’un d’eux s’adresse à Jean pour lui donner l’explication de ce qu’il contemple ;

puis, lors de la sep­tième trompette,

les Vieillards acclament la réalisation du jugement de Dieu sur les nations ;

enfin, ils louent le Seigneur pour la condamnation de Babylone (Ap 19,4).

Quelle que soit la signification que l’on puisse donner au chiffre « 24 »,

il n’en est pas moins ici un symbole.

Il ne doit pas être interprété littéralement,

comme désignant vingt-quatre per­sonnes seulement :

les vingt-quatre Vieillards représentent l’en­semble des amis de Dieu,

c’est-à-dire tous ceux qui, dans la foi de l’Ancien comme du Nouveau Testament,

ont aimé Dieu plus qu’eux-mêmes.

Leur qualité de « presbytres » renvoie plus particulièrement

à leur médiation entre Dieu et les hommes,

comme un groupe à la fois sacerdotal et prophétique.

 

Les vingt-quatre sièges (littéralement des « trônes ») des Vieillards entourent celui de Dieu : « Et du trône sortent des éclairs, et des voix, et des tonnerres. Et, brûlant devant le trône, sept torches de feu qui sont les sept Esprits de Dieu. »

Les éclairs, les voix et les tonnerres sont des manifestations théophaniques par excellence.

Les « sept Esprits de Dieu », désignant l’Esprit Saint,

sont liés eux aussi à l’activité du Tout-Puissant parmi les hommes,

puisque ces sept Esprits sont « envoyés dans toute la terre » (Ap 5,6).

On sait, en outre, que le Père partage ces sept Esprits avec le Fils (Ap 3,1 ; 5,6).

Notre passage s’achève sur l’évocation de la mer de verre : « Devant le trône, on dirait une mer, transparente autant que du cristal. »

Lit­téralement, il s’agit d’une « mer de verre semblable à du cristal. »

On retrouvera cette mer plus loin dans le texte de Jean : « Et je vis comme une mer de cristal mêlée de feu, et ceux qui ont triomphé de la Bête, de son image et du chiffre de son nom, debout sur cette mer de cristal » (Ap 15,2).

Le « cristal » évoque la limpidité de l’eau qui jaillit du trône de Dieu (Ap 22,1).

La « mer de verre » semble donc avoir le trône comme source.

En Ap 15,21 Jean nous dit que les élus, les vainqueurs de la Bête,

se tiennent « debout sur la mer de cristal ».

Ce détail incite à interpré­ter cette mer comme représentant l’ensemble des âmes sauvées,

qui désormais habitent le Royaume des Cieux.

Le « feu » nous montre qu’elles sont transfigurées.

Ce feu, en effet, ne peut pas être celui qui tourmente les réprouvés,

car la transparence de la mer évoque la lumière pure

et non pas les ténèbres d’un monde sans Dieu.

Les âmes rachetées se trouvent rassemblées devant le trône divin.

Elles sont si nombreuses qu’elles forment une mer immense toute de lumière.

L’émergence des élus au-dessus de cette mer est due au fait

qu’ils ont mené le combat spirituel sans jamais faillir.

Ce sont des grandes figures de la sainteté.

 

Lire

« Et au milieu du trône et autour du trône, quatre Vivants pleins d’yeux par-devant et par-derrière : et le premier Vivant est semblable à un lion, et le deuxième vivant est semblable à un jeune taureau, et le troisième Vivant a la face comme d’un d’homme, et le quatrième Vivant est semblable à un aigle qui vole. Et les quatre Vivants ont chacun d’eux six ailes ; et tout autour et au-dedans ils sont pleins d’yeux. Et ils n’ont de repos jour et nuit, ils disent : « Saint, saint, saint le Seigneur Dieu, le Tout-Puissant, II était, II est et II vient » » (Ap 4, 6-8).

 

Méditer

La suite de la vision de la Cour céleste nous fait découvrir à présent les « quatre Vivants ». Depuis Irénée, l’Église voyait en eux la figure des quatre évangélistes.2

Cette interprétation recèle une intuition profonde :

les évangiles sont en effet des sources de vie ;

et cependant, elle ne suffit pas à donner le sens premier des « quatre Vivants ».

Le prophète Ézéchiel avait déjà vu au cours d’une vision ces quatre Vivants,

qu’il identifia comme étant des chérubins3,

mais qu’il nomma aussi des « Vivants » (Ez 1, 13) : « Quant à la forme de leurs faces, ils avaient une face d’homme, et tous les quatre avaient une face de lion à droite, et tous les quatre avaient une face de taureau à gauche, et tous les quatre avaient une face d’aigle » (Ez 1, 10).

Ainsi, les quatre chérubins d’Ézéchiel sont rigoureusement les mêmes,

comme pour indiquer l’identité de leur nature,

tandis que les quatre Vivants de Jean sont, eux, strictement différenciés.

Les chérubins d’Ézéchiel, char­gés de porter la « gloire » du Très-Haut,

composent le « char de Dieu » : « Au-dessus de la voûte qui était sur leurs têtes, il y avait quelque chose qui avait l’aspect d’une pierre de saphir en forme de trône, et sur cette forme de trône, dessus, tout en haut, un être ayant apparence humaine » (Ez 1,26). On est frappé de la grande ressemblance entre les deux visions,

et dans cette perspective, on peut dire

que les quatre Vivants de l’Apocalypse sont incontestablement quatre chérubins

donc des anges – et non pas des êtres humains, même évangélistes !- .

Les quatre Vivants sont différents les uns des autres : « Le premier Vivant est semblable à un lion, et le deuxième vivant est semblable à un jeune taureau, et le troisième Vivant a la face comme d’un homme, et le qua­trième Vivant est semblable à un aigle qui vole. » Les images propres à chaque Vivant évoquent quatre qualités : l’autorité (le lion), la force invin­cible ou la fécondité (le taureau), l’intelligence (l’homme) et enfin la sagesse – ou la contemplation – (l’aigle).

 

Lire

« Et chaque fois que les Vivants rendront gloire, et honneur et action de grâce à Celui qui est assis sur le trône, à Celui qui vit pour les éternités d’éternités, les vingt-quatre Vieillards tomberont devant Celui qui est assis sur le trône, et ils se prosterneront devant Celui qui vit pour les éternités d’éternités, et ils jetteront leurs couronnes devant le trône, en disant: « Tu es digne, notre Seigneur et notre Dieu, de rece­voir la gloire, et l’honneur et la puissance, parce que c’est toi qui as créé toutes choses, et c’est par ta volonté qu’elles furent et ont été créées » » (Ap 4, 9-11).

 

Méditer

À la suite du trisagion des quatre Vivants,

les vingt-quatre Vieillards entonnent à leur tour une louange à Dieu,

célébrant non plus sa gloire ineffable,

mais la gloire qui se manifeste dans l’œuvre de la création.

La gloire est « ce qui est lourd », « ce qui a du poids »

La prosternation est pour les hommes l’attitude typique de l’adoration,

et les Vieillards lancent leurs couronnes devant le trône

pour rendre hommage au Souverain et au Maître de tout le créé.

Si la vision de Jean égale les visions les plus pénétrantes des pro­phètes de l’Ancien Testament, il manque encore un personnage central à cette scène : Jésus-Christ.

La suite de la vision se concentre sur lui.

 

Lire

« Et je vis sur la (main) droite de Celui qui était assis sur le trône un livre écrit en dedans et par-derrière, scellé de sept sceaux. Et je vis un ange vigoureux qui proclamait d’une voix forte : « Qui est digne d’ouvrir le Livre et d’en rompre les sceaux ? » Et personne au Ciel, ni sur la terre, ni sous la terre, ne pouvait ouvrir le Livre ni le regarder. Et je pleurais beaucoup, parce que personne n’avait été trouvé digne d’ouvrir le Livre ni de le regarder. Et l’un des Vieillards me dit: « Ne pleure pas ; voici qu’il est vainqueur, le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David: il ouvrira le livre et les sept sceaux » » (Ap 5, 1-5).

 

Méditer

Après la grande contemplation du Père entouré de la Cour céleste,

un événement advient soudain (« je vis ») :

le Père tient un livre mysté­rieux, un livre « scellé de sept sceaux ».

 

Le livre scellé de sept sceaux est tenu par le Père dans sa « main droite ».

Cette position nous montre d’abord que personne ne pourra accéder au contenu du livre

sans la permission de Dieu, la « droite du Père » (sa main-forte) étant invincible.

Mais cette position du livre dans la main droite de Dieu nous montre surtout

qu’il s’agit du rouleau conte­nant les décrets divins,

la main droite exprimant l’idée de propriété.

Les sceaux expriment cette même idée d’un livre

que nul ne peut ouvrir parce qu’il émane directement de Dieu.

 

Le chiffre sept indique qu’il faut au lecteur l’Esprit de Dieu

pour espérer briser les sceaux et comprendre le contenu du livre.

Alors, qui va ouvrir ce livre si hermétique­ment scellé ?

Personne n’en est digne « ni dans le Ciel, ni sur la terre, ni sous la terre. »

Cette inaptitude universelle à ouvrir le livre tenu par le Père

nous indique d’emblée la nature de son contenu :

l’ouverture du livre scellé n’a d’autre enjeu que de permettre la réalisation définitive

des événements concrets du salut dans le monde !

Jean constate l’impuissance de toute la création à proposer au Père

un candidat digne de ses desseins.

 

Son chagrin nous montre combien il communie avec l’attente des habitants du Ciel :

« Et je pleu­rais beaucoup, parce que personne n’avait été trouvé digne d’ouvrir le livre ni de le lire ». Il nous dévoile aussi le désir fondamental de son cœur de croyant,

un désir qui va jusqu’à lui transpercer l’âme et lui arrache des larmes.

Ce qui engendre cette douleur profonde de Jean,

c’est la contemplation de l’attente du Père :

celui qui a mis Dieu au centre de son cœur ne peut demeurer indifférent

aux attentes du Souverain Bien.

Mais c’est aussi son propre désir de créature,

attendant pour elle-même la libération spirituelle et l’accès à la plénitude de la vie.

Jean, contemplant l’harmonie bienheureuse qui règne au Ciel,

se prend à désirer pour le monde que la Lumière véritable vienne en chasser les ténèbres.

Ses larmes sont une supplication en faveur du triomphe de la vérité qui sauve les hommes. En effet, s’il ne se trouve personne digne d’ouvrir le livre,

alors il n’existe plus aucun espoir pour l’humanité !

 

L’un des Vieillards console Jean : « Voici qu’il est vainqueur, le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David -, il ouvrira le livre aux sept sceaux. «

Comme on le voit, la première victoire de Jésus est déjà supposée ici,

celle remportée par la croix au temps de son incarnation.

Jésus est Celui qui est « digne » d’ouvrir le livre du Père, en raison même de cette vic­toire.

Il est aussi le seul à pouvoir le faire.

La prophétie de l’Apocalypse se présente donc comme la suite directe des évangiles,

parce que por­teuse d’une même autorité divine.

 

Les deux titres appliqués ici au Christ, « le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David », sont des titres royaux se référant au thème de la souveraineté victorieuse du Christ.

Dans les douze bénédictions du patriarche Jacob à ses fils,

Juda est présenté sous les traits du lion que nul ne peut vaincre,

et qui détient pour toujours la royauté (Gn 49,9-10).

Il est intéressant de noter que cette bénédiction pro­phétique de Juda

inclut une allusion voilée à la Passion : « Il lave son vête­ment dans le vin, son manteau dans le sang de la grappe » (Gn 49,11).

 

L’autre expression, « le rejeton de David », se trouve dans Isaïe,

en introduction aux sept dons de l’Esprit Saint : « Un rejeton sortira de la souche de Jessé » (Is 11, l). Jessé était le père du roi David.

Ce dernier représente le modèle parfait du chef politique et religieux,

le roi juste aux yeux de Dieu, qui préfigure le roi-messie attendu par Israël.

C’est sur lui que repose l’Esprit du Seigneur.

 

Lire

« Et je vis, au milieu du trône et des quatre Vivants, et au milieu des Vieillards, un Agneau debout, comme égorgé. Il avait sept cornes et sept yeux, qui sont les sept Esprits de Dieu envoyés dans toute la terre. Et il vint et il prit le (livre) de la (main) droite de Celui qui était assis sur le trône. Et lorsqu’il eut pris le livre, les quatre Vivants et les vingt-quatre Vieillards tombèrent devant l’Agneau, ayant chacun une cithare et des coupes d’or pleines de parfums, qui sont les prières des saints. Et ils chantent un cantique nouveau, disant: « Tu es digne de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux, parce que tu as été égorgé, et tu as acheté pour Dieu, par ton sang, (des hommes) de toute tribu, et langue, et peuple et nation, et tu as fait d’eux pour notre Dieu un royaume et des prêtres, et ils régneront sur la terre » » (Ap 5, 6-10).

 

Méditer

C’est au comble de l’attente de toutes les créatures du Ciel que le Christ paraît.

Il se trouve au plus près de Dieu : il est « au milieu » du trône

et, par le fait même, au milieu des quatre Vivants et des vingt-quatre Vieillards.

Il est ainsi le centre de toute l’attention des créatures célestes,

comme il est au centre du cœur de Jean qui nous fait partager son enthousiasme d’amour.

L’attribut sous lequel le Christ apparaît évoque d’emblée la spiritualité de la Passion :

« Un Agneau se tenant debout, comme égorgé ».

Le terme que nous traduisons par « égorgé » peut aussi être rendu par « immolé ».

L’image est originellement celle de l’agneau pascal que les juifs offrirent à Dieu

au moment de la sortie d’Egypte.

L’épisode se réfère à la dixième plaie d’Egypte:

les Hébreux sacrifièrent dans chaque famille un agneau « sans tache »,

et ils enduisirent les linteaux de leurs portes avec le sang de l’agneau,

afin que « l’Extermi­nateur » ne pénètre pas dans leurs maisons,

mais qu’il entre seulement dans celles des Égyptiens pour y tuer les premiers-nés (Ex 12,21-23).

Le rite de l’agneau pascal préfigurait le sacrifice de la croix.

En prenant sur lui le péché des hommes, ce péché qui les poussa à le tuer,

Jésus dépassait la stricte justice, qui exigeait la mort des meurtriers.

Par son sang versé, Jésus empêcha donc l’Exterminateur

de vouer l’humanité à la mort spirituelle.

Il est désormais le nouveau Moïse qui conduit les croyants « hors d’Egypte » vers le Père.

Tel est l’Agneau qui s’avance pour recevoir le livre des décrets divins sur le monde.

L’Agneau, bien que porteur d’une plaie mortelle, comme le crucifié

se tient « debout », comme le Ressuscité.

Il s’agit d’une belle image de la croix deve­nue glorieuse.

En Jésus, cependant, la gloire ne détruit ni la beauté ni la fragilité de l’amour.

 

L’Agneau porte « sept cornes et sept yeux. »

Il est bien difficile d’ima­giner les traits d’un tel animal !

C’est bien sûr inutile, puisqu’il s’agit de ses attributs.

Le chiffre sept représente la plénitude.

La corne est le sym­bole de la force, de la puissance :

l’Agneau détient la plénitude de la puissance divine, c’est-à-dire qu’il est omnipotent.

Les yeux nous sont commentés par Jean lui-même :

ils sont « les sept Esprits de Dieu envoyés dans toute la terre. »

L’Agneau est le porteur par excellence du Saint-Esprit,

ce qui se rapporte ici à son omniprésence sur la terre.

Jésus peut tout, voit tout, et sait tout !

Les sept Esprits, du reste, ne sont pas seu­lement des « caméras » ;

ils sont « agissants » : c’est par leur intermédiaire

que le Père et l’Agneau interviennent sur la terre.

On se souvient que ces sept Esprits sont également présents devant le trône (du Père) :

ainsi sont-ils éternellement en relation simultanée

avec les deux autres Personnes de la Trinité.

 

Lorsque l’Agneau prend le livre que le Père lui tend,

une immense acclamation retentit dans le Ciel.

Ce sont les quatre Vivants et les vingt-quatre Vieillards

qui prennent l’initiative de se prosterner devant l’Agneau, puisqu’il est digne de recevoir le livre du Père : prosternation, cithare, parfums, cantique nouveau…

qui est nouveau parce que c’est le début de la réalisation universelle

du jugement spirituel du monde entier,

inauguré par la croix

 

Lire

« Et je vis, et j’entendis la voix des anges nombreux qui étaient autour du trône, et des Vivants et des Vieillards. Et leur nombre était des myriades de myriades et des milliers de milliers, et ils disaient d’une voix forte : « Il est digne, l’Agneau qui a été égorgé, de recevoir la puissance, et la richesse, et la sagesse, et la force, et l’honneur, et la gloire et la louange ! » Et toutes les créatures qui sont au ciel, et sur la terre, et sous la terre et sur la mer, et tous les êtres qui y sont, je les entendis qui disaient: « À Celui qui est assis sur le trône et à l’Agneau, la louange, et l’honneur, et la gloire et la domination pour les éternités d’éternités ! » Et les quatre Vivants disaient : « Amen » ; et les Vieillards tombèrent et se prosternèrent » (Ap 5,11-14).

 

Méditer

Après le cantique nouveau chanté par les Vivants et les Vieillards,

deux autres groupes font résonner leurs louanges :

les anges, d’une part ; toute la création d’autre part.

C’est une immense acclamation, les anges se comptant par « myriades »,

et l’autre groupe comptant « toutes les créa­tures » du monde matériel.

 

Chacun de ces deux groupes a sa louange propre pour l’Agneau.

Les anges entonnent une hymne dans la ligne du cantique nouveau,

célé­brant la Passion du Christ et sa gloire.

Le groupe des « créatures », quant à lui, célèbre conjointement la gloire du Père

et celle de l’Agneau, mais sans faire référence à la Passion.

Cette différence entre les deux groupes n’existe pas entre les Vivants et les Vieillards,

qui, eux, ont entonné un même chant.

L’adoration de l’Agneau avait commencé par les quatre Vivants et les vingt-quatre Vieillards ; ce sont eux aussi qui l’achèvent : « Et les quatre Vivants disaient : « Amen » et les Vieillards tombèrent et se prosternèrent. »

La tonalité est très solennelle.

Les quatre Vivants ont autorité pour conclure au nom de toutes les créatures

la louange qu’ils avaient lancée.

Les vingt-quatre Vieillards accompagnent les quatre Vivants

par un silence d’adoration totale.

Alors l’Agneau ouvre les sceaux !

 

 

1 « Et je vis comme une mer vitrifiée, mêlée de feu, et les vainqueurs de la Bête, et de son image et du chiffre de son nom, debout sur la mer vitrifiée » (Ap 15,2). Il faut rele­ver ici que beaucoup de traducteurs, interprétant la mer de verre dans le sens matériel du firmament, ont choisi de placer les élus « au bord » de cette mer, plutôt que « sur » elle. Il est vrai que la préposition ém, signifie en grec d’abord « sur -, mais qu’elle peut aussi se traduire par « autour de ».

2 Le lion (Marc), le taureau ou le bœuf (Luc), l’homme (Matthieu), et l’aigle (Jean). « En somme, telle se présente l’activité du Fils de Dieu, telle aussi la forme des vivants, et telle la forme de ces vivants, tel aussi le caractère de l’Évangile : quadruple forme des vivants, quadruple forme de l’Évangile, quadruple forme de l’activité du Seigneur » (Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III-II).

3 Les chérubins sont avec les séraphins les plus glorieux des anges. Denis l’Aréopagite distingue trois hiérarchies angéliques, chacune étant divisée en trois chœurs : la première est constituée des Séraphins, des Chérubins et des Trônes ; la seconde des Seigneuries, des Puissances et des Pouvoirs ; la troisième des Principautés, des Archanges, et des Anges.

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