Dans Parole de Dieu

2ème méditation de Frère Guigues le Chartreux
pour mieux vivre la Parole de Dieu

MÉDITER :

L’âme s’approche donc pour méditer le texte. Que fait alors la méditation attentive ? Il ne lui suffit pas de s’approcher : elle pénètre le texte, elle va au fond, elle en scrute les recoins cachés. Et d’abord elle remarque que le Seigneur n’a pas dit : Bienheureux ceux qui ont le corps, mais le cœur pur, car ce serait peu d’avoir les mains libres d’œuvres mauvaises si l’esprit était souillé de pensées perverses. Le Prophète déjà l’avait dit : Qui gravira la montagne du Seigneur ? Qui se tiendra dans son sanctuaire ? Celui qui aura les mains innocentes et le cœur pur. (Ps 23.3).

La méditation note encore de quel puissant désir le Prophète appelait cette pureté de cœur, puisqu’il disait dans sa prière : Seigneur, créez en moi un cœur pur, car si l’iniquité est dans mon cœur, le Seigneur ne pourra m’exaucer. Avec quel soin Job veillait sur cette intime pureté, lui qui disait : Avec mes yeux j’ai fait un pacte pour ne penser même à une vierge. (Job 31.1). Ce saint homme s’imposait de fermer ses yeux sur les choses inutiles pour ne pas voir malgré soi ce qu’ensuite il désirerait inconsciemment.

Ayant ainsi scruté la pureté de cœur, l’on poursuit sa méditation en examinant la récompense qui lui est promise. Ôglorieuse et délectable récompense ! Contempler la Face si désirée du Seigneur, beau d’une beauté au-dessus de toute la beauté des enfants des hommes ! Le Seigneur, non plus abject et vil en cette apparence dont le revêtit sa mère la Synagogue, mais paré de l’immortalité, couronné du diadème que lui imposa son Père au jour de sa résurrection et de sa gloire, «le jour que le Seigneur a fait». Et dans sa méditation, l’âme songe combien sera pleine cette vision, combien débordante sa joie… Je serai rassasié en contemplant votre gloire, dit le Prophète. (Ps 16.15).

Ah ! quel vin généreux, abondant coule du petit raisin ! Quel incendie s’est allumé à l’étincelle ! Comme elle s’est allongée, sur l’enclume de la méditation, la petite masse de métal, ce texte si court : Bienheureux ceux qui ont la pureté du cœur, parce qu’ils verront Dieu. Et de combien ne s’allongerait-elle pas encore si elle était travaillée par un serviteur de Dieu expérimenté ! Oui, le puits est profond, mais, pauvre novice, je n’ai su y puiser que quelques gouttelettes.

— — —

Alors les désirs ardents enflamment l’âme. Elle a brisé l’albâtre, le parfum du baume commence à se répandre ; elle ne le goûte pas encore, mais c’est comme un pressentiment ; émue par le parfum encore lointain, elle en rêve : ô vivre cette pureté dont si suave est la seule image ! Que fera-t-elle, la pauvre âme, brûlante du désir de cette pureté qu’elle ne peut atteindre ? Plus elle la cherche, plus elle en a soif ; plus elle y pense, plus elle souffre de ne la posséder point, car la méditation excite le désir de cette innocence sans l’en abreuver. Non, ce n’est ni la lecture, ni la méditation qui font savourer sa douceur : il faut qu’elle soit donnée d’en haut. Les méchants ainsi que les bons lisent et méditent ; les philosophes païens eux-mêmes guidés par la raison, ont entrevu le souverain Bien, mais parce que connaissant Dieu, ils ne l’ont pas glorifié comme Dieu (Rm 1.21), et que fiers de leur force, ils disaient : Nous exalterons notre langue, nos biens sont à nous, qui est notre maître ? (Ps 11.5), ils ne méritent pas de trouver ce qu’ils avaient entrevu. Ils se sont évanouis dans leurs pensées (Rm 1.21) et toute leur sagesse a été dévorée (Ps 106.27), car elle venait de source humaine, et non de cet Esprit qui seul donne la vraie sagesse, laquelle est cette science savoureuse qui, s’unissant à l’âme, lui verse une inestimable douceur, joie et réconfort et dont il est écrit : La Sagesse n’entre pas dans l’âme qui veut le mal. Elle procède de Dieu seul. Le Seigneur a confié à beaucoup l’office de baptiser, à peu le pouvoir de remettre les péchés, il s’est réservé cette puissance. Comme saint Jean, par antonomase, dit de lui : Voilà celui qui baptise, on peut dire : Voici celui qui seul donne la savoureuse sagesse, qui rend l’âme capable de la goûter. Le texte est offert à beaucoup, mais peu reçoivent la sagesse. Le Seigneur l’infuse à qui il veut et comme il veut.

Articles récents

Tapez votre recherche et appuyez sur entrée